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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

11 février 2020. Mort de Claire Brétecher.

Claire Bretécher, je l'ai connue dans les années soixante-dix...

D'une part, à la Western House de l'avenue de la Grande Armée, où, cette jolie grande blonde venait essayer timidement ses jeans...

D'autre part, via Edouard Luntz, le voisin des de Filippi de la rue des Clef.

Nous étions tous à l'affiche des frustrés...

Plus ou moins...

Moi, plus !

Le président Giscard était tombé follement amoureux d'elle...

A lui en envoyer vainement chaque matin sa voiture, son chauffeur, et des roses...

On le comprend !

Agrippine est oprheline. La célèbre dessinatrice et autrice de bande dessinée Claire Bretécher est morte à l’âge de 79 ans, ont annoncé ses proches ce mardi à L’Obs, magazine pour lequel elle avait travaillé.

“C’est avec une profonde tristesse que les éditions Dargaud annoncent le décès de Claire Bretécher, le 10 février 2020, à l’âge de 79 ans”, a annoncé l’éditeur dans un communiqué.

C’est à elle qu’on doit la série “Les Gnangnan” publiée dans “Spirou” à la fin des années 1960 avant que Glénat n’en édite un album. Elle avait ensuite imaginé “Les Frustrés” puis “Agrippine” dans les pages de L’Obs. Les aventures de cette adolescente gâtée au caractère bien trempé, née de parents bobos soixante-huitards, ont été publiées en huit tomes entre 1988 et 2009.

Parmi les pionniers de la BD, elle a su imposer un style, un ton, un regard décalé d’une originalité totale. Observatrice détachée de son époque, elle en croque les travers avec une immense autodérision.

Claire Bretécher fut l’une des premières femmes bédéistes reconnues en France. Dans ses dessins, l’autrice aimait notamment imaginer des personnages féminins à l’image de Cellulite (dans “Pilote”) et Agrippine où elle tournait en dérision les préoccupations des femmes et leur place dans la société.

Sa galerie de personnages lui permettait de s’attaquer à des sujets de société qu’elle aura très souvent identifiés bien avant la plupart de ses contemporains. Au point qu’en 1976, Roland Barthes dira qu’elle est la “sociologue de l’année”. Elle pratiquait aussi avec talent la peinture, produisant une série de portraits saisissants de ses proches et d’autoportraits sans concession.

“Le physique qu’on a n’a aucune importance, l’important c’est la façon dont on se ressent. Moi je me suis toujours ressentie comme quelqu’un de moche, de inmontrable, de insortable. Ça m’a empoisonné l’existence jusqu’à 25 ou 26 ans”, lançait-elle dans une interview télévisée en 1975, avant de dénoncer “toutes ces saloperies de journaux” et leurs injonctions à la beauté.

 

Avec Marcel Gotlib et Nikita Mandryka, l’autrice avait créé la revue de bande dessinée “L’Écho des savanes”. En 1982, Claire Bretécher avait reçu le grand prix spécial du festival d’Angoulême

“Personnalité aussi dérangeante qu’attachante, Claire Bretécher a tracé un chemin unique dans la bande dessinée. Son humour et sa liberté d’esprit étaient immenses, ils manqueront à tous ses lecteurs, ils nous manquent déjà”, a affirmé son éditeur.

En couple avec le juriste Guy Carcassone jusqu’à sa mort en 2013, Claire Bretécher avait un fils, Martin.

 

Et Bretécher dessina la femme...

A quoi pense-t-elle, Claire Bretécher, lorsqu'elle dessine des femmes? Elles sont souvent furieuses, déprimées, désorientées, en partie dénudées. Toujours saisies dans un instant fugace de fragilité, de disgrâce.

L'une est couchée à plat ventre et nous présente ses fesses, l'autre soulève la jambe droite pour enfler sa culotte (thème d'un chapitre). Il y en a qui courent, dansent, font de la trottinette, d'autres qui dorment, boudent, crient. Une «mémé» en noir, regard méfiant, serre son sac contre elle. Une jeune fille en short sexy se contorsionne pour regarder sa semelle - c'est un soir de Fête de la Musique, elle a marché sur un triolet qui s'est accroché comme une crotte.

"Amas de nièces" (Claire Bretécher)

Claire Bretécher a dessiné les «Gnangnan» pour «Spirou», «Cellulite» pour «Pilote», «les Frustrés» et «Agrippine» pour «l'Obs». Pour mesurer les affres de la création, on lira en annexe les notes prises par son fils Martin à l'âge de 10 ans, observant sa mère devant la planche à dessin:

« Elle cherche, elle recherche, elle enlève en dessous la feuille de papier calque, elle se lève, elle enlève ses lunettes, elle les remet, elle prend sa cigarette, elle sort de l'atelier, elle va dans la lingerie, elle prend des bouteilles de vin...»

Entre deux planches, elle peint son mari, Guy Carcassonne, «en benêt», avec un béret retourné et de grands yeux hagards, ses nièces en train de dormir («Amas de nièces») ou encore une certaine Marie, pull jaune et lèvres fines, noyée dans ses pensées - sublime.

Ces portraits sont rassemblés dans un volume soigné, sobre et jubilatoire. Certains ressortissent à son graphisme BD où dialogues et silhouettes paraissent jaillir du même trait. D'autres sont des acryliques classiques, aux couleurs splendides de fermeté.

On y trouve essentiellement des femmes et, dans la section «Autoportraits», le regard bleu et perdu de l'auteur semble un éclat de stratosphère tombé sur terre. Il règne comme un parfum de chute originelle, subreptice et entêtant, ressassé de page en page. Claire, à quoi pensez-vous en dénudant ainsi l'âme de vos soeurs, de vos semblables?

Eric Aeschimann

Dessins et peintures, par Claire Bretécher,
Le Chêne, 238 p., 39,90 euros.

Le Tarot divinatoire de Claire Bretécher,
Le Chêne, 19,90 euro

11 février 2020. Mort de Claire Brétecher.
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