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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier à Nuremberg. 28 janvier 1946.

« En racontant les souffrances de ceux qui ne pouvaient plus parler, j’avais le sentiment que, par ma bouche, ceux qu’ils avaient torturés, exterminés, accusaient leurs bourreaux »

L’arrivée à Birkenau

Au tribunal de Nuremberg, Marie-Claude décrit ainsi l’arrivée des femmes du convoi, le 27 janvier 1943 au matin : « Le voyage était extrêmement pénible, car nous étions 60 par wagon et l’on ne nous a pas distribué de nourriture ni de boissons pendant le trajet. Comme nous demandions aux arrêts aux soldats lorrains enrôlés dans la Wehrmacht qui nous gardaient si l’on arrivait bientôt, ils nous ont répondu : “Si vous saviez où vous allez, vous ne seriez pas pressées d’arriver”.

Nous sommes arrivées à Auschwitz au petit jour. On a déplombé nos wagons et on nous a fait sortir à coups de crosses pour nous conduire au camp de Birkenau, qui est une dépendance du camp d’Auschwitz, dans une immense plaine qui, au mois de janvier, était glacée. Nous avons fait le trajet en tirant nos bagages. Nous sentions tellement qu’il y avait peu de chance d’en ressortir – car nous avions déjà rencontré les colonnes squelettiques qui se dirigeaient au travail – qu’en passant le porche, nous avons chanté La Marseillaise pour nous donner du courage.

On nous a conduites dans une grande baraque, puis à la désinfection. Là, on nous a rasé la tête et on nous a tatoué sur l’avant-bras gauche le numéro de matricule. Ensuite, on nous a mises dans une grande pièce pour prendre un bain de vapeur et une douche glacée. Tout cela se passait en présence des SS, hommes et femmes, bien que nous soyons nues.

Après, on nous a remis des vêtements souillés et déchirés, une robe de coton et une jaquette pareille. Comme ces opérations avaient pris plusieurs heures, nous voyions, des fenêtres du bloc où nous nous trouvions, le camp des hommes, et vers le soir, un orchestre s’est installé. Comme il neigeait, nous nous demandions pourquoi on faisait de la musique. À ce moment-là, les commandos de travail d’hommes sont rentrés. Derrière chaque commando, il y avait des hommes qui portaient des morts. Comme ils pouvaient à peine se traîner eux-mêmes, ils étaient relevés à coups de crosses ou à coups de bottes, chaque fois qu’ils s’affaissaient.

Après cela, nous avons été conduites dans le bloc où nous devions habiter. Il n’y avait pas de lits, mais des bat-flanc de 2 mètres sur 2 mètres, où nous étions couchées à 9, sans paillasse et sans couverture la première nuit. Nous sommes demeurées dans des blocs de ce genre pendant plusieurs mois. Pendant toute la nuit, on ne pouvait pas dormir, parce que chaque fois que l’une des 9 se dérangeait – et comme elles étaient toutes malades, c’était sans arrêt – elle dérangeait toute la rangée. À trois heures et demie du matin, les hurlements des surveillantes nous réveillaient, et, à coups de gourdins, on était chassé de son grabat pour partir à l’appel. Rien au monde ne pouvait dispenser de l’appel, même les mourantes devaient y être traînées. Là, nous restions en rangs par cinq jusqu’à ce que le jour se lève, c’est-à-dire 7 à 8 heures du matin en hiver, et, lorsqu’il y avait du brouillard, quelquefois jusqu’à midi. Puis, les commandos s’ébranlaient pour partir au travail. »

La solidarité et le placement au Revier

Le 24 février 1943, grâce à Danielle Casanova et du fait qu’elle parle couramment allemand, elle entre au Revier des Allemands. Par sa position, Marie-Claude rentre dans la Résistance du camp. Dans sa déposition devant le tribunal international de Nuremberg, elle décrit les conditions effroyables des Reviers : « Le Revier était les blocs où l’on mettait les malades. On ne peut pas donner à cet endroit le nom d’hôpital, car cela ne correspond pas du tout à l’idée qu’on se fait d’un hôpital. Pour y aller, il fallait d’abord obtenir l’autorisation du chef de bloc, qui la donnait très rarement. Quand enfin on l’avait obtenue, on était conduit en colonne devant l’infirmerie où, par tous les temps, qu’il neige, ou qu’il pleuve, même avec 40° de fièvre, on devait attendre devant la porte de l’infirmerie, avant d’avoir pu y pénétrer. Du reste, même de faire la queue devant l’infirmerie était dangereux car, lorsque cette queue était trop grande, le SS passait, ramassait toutes les femmes qui attendaient et les conduisait directement au bloc 25 (c’est à dire directement à la chambre à gaz).

Le seul intérêt du Revier, c’est que, comme on était couché, on était dispensé de l’appel, mais on était couché dans des conditions effroyables, dans des lits de moins d’un mètre de large, à quatre, avec des maladies différentes, ce qui faisait que celles, qui étaient entrées pour des plaies aux jambes, attrapaient la dysenterie ou le typhus de leur voisine. Les paillasses étaient souillées, on ne les changeait que quand elles étaient complètement pourries. Les couvertures étaient si pleines de poux qu’on les voyait grouiller comme des fourmis.

Une de mes compagnes, Marguerite Corringer, me racontait que, pendant son typhus, elle ne pouvait pas dormir toute la nuit à cause des poux ; elle passait sa nuit à secouer sa couverture sur un papier, à vider les poux dans un récipient auprès de son lit, et ainsi pendant des heures. Il n’y avait pour ainsi dire pas de médicaments ; on laissait donc les malades couchées, sans soins, sans hygiène, sans les laver. On laissait les mortes pendant plusieurs heures couchées avec les malades, puis quand enfin on s’apercevait de leur présence, on les balançait simplement hors du lit et on les conduisait devant le bloc. Là, la colonne des porteuses de mortes venait les chercher sur de petits brancards, d’où la tête et les jambes pendaient. Du matin au soir, les porteuses de mortes faisaient le trajet entre le Revier et la morgue. Pendant les grandes épidémies de typhus des hivers 1943 et 1944, les brancards ont été remplacés par des chariots, car il y avait trop de mortes. Il y a eu, pendant ces périodes d’épidémie, de 200 à 350 mortes par jour. »

L’épidémie de typhus

Charlotte Delbo note : « En avril, le typhus endémique à Birkenau, repart d’un mouvement épidémique effrayant. » . Marie-Claude est victime d’un typhus très violent et très long, du début d’avril jusqu’en mai. À la sortie de la maladie, Marie-Claude reprend un poste au Revier.

La quarantaine

« Nous avons été dix mois en quarantaine, du 15 juillet 1943, oui, jusqu’en mai 1944, et puis nous sommes retournées pendant deux mois dans le camp et ensuite, nous sommes parties pour Ravensbrück…. … Toutes les Françaises survivantes de notre convoi [présentes à Birkenau ont été placées en quarantaine]. Nous avons appris, par les Juives arrivées de France vers juillet 1944, qu’une grande campagne avait été faite à la radio de Londres où l’on parlait de notre transport, en citant Maï Politzer, Danielle Casanova, Hélène Salomon-Langevin, et moi-même, et à la suite de cela, nous savons que des ordres ont été donnés à Berlin d’effectuer le transport de Françaises dans de meilleures conditions.

Nous avons donc été en quarantaine. C’était un bloc situé en face du camp, à l’extérieur des fils de fer barbelés. Je dois dire que c’est à cette quarantaine que les survivantes doivent la vie, car au bout de quatre mois nous n’étions plus que 52. Il est donc certain que nous n’aurions pas survécu dix-huit mois de cette vie, si nous n’avions pas eu ces dix mois de quarantaine. Cette quarantaine était faite parce que le typhus exanthématique régnait à Auschwitz. On ne pouvait quitter le camp pour être libérée ou transférée dans un autre camp, ou pour aller au Tribunal, qu’après avoir passé quinze jours en quarantaine, ces quinze jours étant la durée d’incubation du typhus exanthématique. Aussi, dès que les papiers arrivaient, annonçant qu’une détenue serait probablement libérée, on l’envoyait en quarantaine, où elle restait jusqu’à ce que l’ordre de libération soit signé. Cela durait parfois plusieurs mois, mais au minimum quinze jours.

Or, durant cette période, il y a eu une politique de libération des détenues de droit commun et des asociales allemandes, pour les envoyer comme main-d’œuvre dans les usines d’Allemagne. Il est donc impossible d’imaginer que, dans toute l’Allemagne, on pouvait ignorer qu’il y avait des camps de concentration, et ce qui s’y passait, puisque ces femmes sortaient de là, et qu’il est difficile de croire qu’elles n’ont jamais parlé. D’autre part, dans les usines où travaillaient des détenues, les Vorarbeiterinnen, c’est-à-dire les contremaîtresses, étaient des civiles allemandes qui étaient en contact avec les détenues, et qui pouvaient leur parler.

Les Aufseherinnen d’Auschwitz, qui sont venues après chez Siemens à Ravensbrück comme Aufseherinnen, étaient d’anciennes travailleuses libres de chez Siemens à Berlin, et elles se sont retrouvées avec les contremaîtresses qu’elles avaient connues à Berlin, et elles leur racontaient devant nous ce qu’elles avaient vu à Auschwitz. On ne peut donc pas croire que cela ne se savait pas en Allemagne.

Lorsque nous avons quitté Auschwitz, nous n’en croyions pas nos yeux, et nous avions le cœur très serré en voyant ce petit groupe de 49 que nous étions devenues, par rapport au groupe de 230 qui était entré dix-huit mois plus tôt. Mais nous avions l’impression de sortir de l’enfer, et pour la première fois, un espoir de revivre et de revoir le monde nous était donné. »

Le témoin du génocide

Marie-Claude et ses compagnes sont les témoins du génocide des juifs et des tziganes. Elle en témoigne devant le tribunal de Nuremberg, en réponse à la question du juge : « Que savez-vous du transport des Juifs, qui est arrivé presque en même temps que vous, venant de Romainville ? », elle évoque l’arrivée des convois : « Quand nous avons quitté Romainville, on avait laissé sur place les Juives qui étaient à Romainville en même temps que nous ; elles ont été dirigées vers Drancy et sont arrivées à Auschwitz où nous les avons retrouvées trois semaines plus tard, trois semaines après nous. Sur 1200 qu’elles étaient, il n’en est entré dans le camp que 125, les autres ont été dirigées sur les gaz tout de suite. Sur ces 125, au bout d’un mois, il n’en restait plus une seule.

Les transports se pratiquaient de la manière suivante au début, quand nous sommes arrivés : quand un convoi de Juifs arrivait, on sélectionnait : d’abord les vieillards, les vieilles femmes, les mères et les enfants qu’on faisait monter en camions, ainsi que les malades ou ceux qui paraissaient de constitution faible. On ne prenait que les jeunes femmes et jeunes filles, et les jeunes gens qu’on envoyait au camp des hommes.

Les transports

Il arrivait, en général, sur un transport de 1000 à 1500, qu’il en entrait rarement plus de 250 – et c’est tout à fait un maximum – dans le camp. Le reste était directement dirigé aux gaz.

À cette sélection également, on choisissait les femmes en bonne santé, entre 20 et 30 ans, qu’on envoyait au bloc des expériences, et les jeunes filles et les femmes un peu plus âgées ou celles qui n’avaient pas été choisies dans ce but étaient envoyées au camp où elles étaient, comme nous, rasées et tatouées. Il y a eu, également pendant le printemps 1944, un bloc de jumeaux. C’était la période où sont arrivés d’immenses transports de Juifs hongrois : 700 000 environ. Le Dr Mengele, qui faisait des expériences, gardait de tous les transports, les enfants jumeaux et en général les jumeaux, quel que soit leur âge, pourvu qu’ils soient là tous les deux. Alors, dans ce bloc, il y a avait des bébés et des adultes, par terre. Je ne sais pas, en dehors des prises de sang et des mesures, je ne sais pas ce qu’on leur faisait. »

Le témoin direct

Suite à la question : « Êtes-vous témoin direct de la sélection à l’arrivée des convois ? », elle continue : « Oui, parce que quand nous avons travaillé au bloc de la couture en 1944, notre bloc où nous habitions était en face de l’arrivée du train. On avait perfectionné le système : au lieu de faire la sélection à la halte d’arrivée, une voie de garage menait le train presque jusqu’à la chambre à gaz et l’arrêt, c’est-à-dire à 100 mètres de la chambre à gaz, était juste devant notre bloc, mais naturellement, séparé par deux rangées de fil de fer barbelé. Nous voyions donc les wagons déplombés, les soldats sortir les hommes, les femmes et les enfants des wagons, et on assistait aux scènes déchirantes des vieux couples se séparant, des mères étant obligées d’abandonner leurs jeunes filles, puisqu’elles entraient dans le camp, tandis que les mères et les enfants étaient dirigés vers la chambre à gaz. Tous ces gens-là ignoraient le sort qui leur était réservé. Ils étaient seulement désemparés parce qu’on les séparait les uns des autres, mais ils ignoraient qu’ils allaient à la mort.

Pour rendre l’accueil plus agréable, à cette époque, c’est-à-dire en juin, juillet 1944, un orchestre composé de détenues, toutes jeunes et jolies, habillées de petites blouses blanches et de jupes bleu marine, jouait, pendant la sélection à l’arrivée des trains, des airs gais comme la Veuve Joyeuse, la Barcarolle, des Contes d’Hoffmann, etc. Alors, on leur disait que c’était un camp de travail, et comme ils n’entraient pas dans le camp, il ne voyaient que la petite plate-forme entourée de verdure où se trouvait l’orchestre. Évidemment, ils ne pouvaient pas se rendre compte de ce qui les attendait. Ceux qui étaient sélectionnés pour les gaz, c’est-à-dire les vieillards, les enfants et les mères, étaient conduits dans un bâtiment en briques rouges. »

Les fosses

Après avoir témoigné sur les chambres à gaz et les fours crématoires, elle parle des grandes fosses : « Il y avait à Auschwitz huit fours crématoires. Mais à partir de 1944, ce n’était pas suffisant. Les SS ont fait creuser par les détenus de grandes fosses dans lesquelles ils mettaient des branchages arrosés d’essence qu’ils enflammaient. Ils jetaient les corps dans ces fosses. De notre bloc, nous voyions, à peu près trois quarts d’heure ou une heure après l’arrivée d’un transport, sortir les grandes flammes du four crématoire et le ciel s’embraser par les fosses. Une nuit, nous avons été réveillées par des cris effroyables. Nous avons appris le lendemain matin, par les hommes qui travaillaient au Sonderkommando (le commando des gaz) que la veille, n’ayant pas assez de gaz, ils avaient jeté les enfants vivants dans la fournaise. »

Ravensbrück

La militante de la Résistance interne au camp

Marie-Claude est transférée le 4 août 1944, à Ravensbrück avec ses compagnes considérées comme « Nacht und Nebel », les “31000” qui sont en quarantaine à Birkenau auxquelles se joignent trois camarades de Raïsko, considérées également comme NN.

À Ravensbrück, les survivantes considérée comme NN sont incarcérées dans un Block spécifique. Elles retrouvent toutes les femmes déportées de France comme résistantes, notamment Anise Postel-Vinay, Germaine Tillon, Marie-Jo Chombart de Lauwe et sa mère. Marie-Claude rentre dans l’organisation de la Résistance interne du camp.

À Nuremberg, Marie-Claude témoigne de son arrivée à Ravensbrück, du Block 32 et des « lapins » qui seront sauvés par la Résistance interne du camp : « En sortant d’Auschwitz nous avons été envoyées à Ravensbrück. Là, nous avons été conduites au bloc des N.N., qui voulait dire “Nacht und Nebel” c’est-à-dire “le secret”. Dans ce bloc, avec nous, il y avait des Polonaises, portant le matricule 7.000, et quelques-unes qu’on appelait les “lapins”, parce qu’elles avaient servi de cobayes. On choisissait dans leurs transports des jeunes filles ayant les jambes bien droites et étant elles-mêmes bien saines, et on leur faisait subir les opérations. A certaines, on a enlevé des parties d’os dans les jambes ; à d’autres, on a fait des injections, mais je ne saurais pas dire de quoi. Il y avait parmi les opérées une grande mortalité. Aussi les autres, quand on est venu les chercher pour les opérer, ont-elles refusé de se rendre au Revier. On les a conduites de force au cachot, et c’est là que le professeur venu de Berlin les opérait, en uniforme, sans prendre aucune précaution aseptique, sans mettre de blouse, sans se laver les mains. Il y a des survivantes de ces « lapins », elles souffrent encore énormément maintenant. Elles ont, par périodes, des suppurations et comme on ne sait pas quels traitements elles ont subis, il est très difficile de les guérir. »

Notamment, elle évoque cette forme de Résistance, qu’était le refus de travailler pour l’industrie d’armement nazi : « Dans le bloc 32, où nous étions, il y avait également des prisonnières de guerre russes qui avaient refusé de travailler volontairement dans des usines de munitions. Elles avaient été conduites à cause de cela à Ravensbrück. Comme elles continuaient de refuser, on leur a fait subir toutes sortes de brimades, telles que de les laisser debout devant le bloc sans manger. Une partie a été envoyée en transport à Barth. Une autre a été employée pour porter les bidons dans le camp. Il y avait également, au Strafblock et au Bunker, des détenues ayant refusé de travailler pour les usines de guerre. »

À Ravensbrück, elle est tout d’abord affectée à des travaux de terrassement, elle est mutée au Revier en raison de sa connaissance de la langue allemande et en lien avec la Résistance.

En 1964 au procès contre Rassinier, Geneviève de Gaulle-Anthonioz déclare à la barre des témoins à propos de Marie-Claude : « Je l’ai connu dans les locaux de l’infirmerie où nous l’avions fait entrer, non pas pour la planquer, mais parce que nous avions besoin de camarades courageuses et parlant allemand… Lorsque nous remettions cette ration de pain prélevée sur notre propre ration, cette ampoule, nous savions qu’elle serait bien remise à celle qui en aurait le plus besoin et sans aucune appréciation politique… Je connais peu de femmes aussi courageuses que Marie-Claude, qui a toujours donné le sentiment que sa propre vie n’était rien sinon d’être au service de ses camarades. »

Par la suite, grâce à sa connaissance de l’allemand, Marie-Claude sera affectée à un emploi aux écritures, assistant une déportée polonaise qui tenait le registre d’appel.

La solidarité auprès des “31000” malades et intransportables

La grande majorité des “31000” de Ravensbrück fait partie du convoi du 5 mars 1945, de 1802 détenues, qui part pour Mauthausen. C’est le plus grand convoi de femmes pour Mauthausen. Comme le dit Charlotte Delbo dans le livre du convoi du 24 janvier 1943 : « Marie-Claude s’est arrangée pour ne pas partir, en falsifiant le livre d’appel à la faveur du désordre qui commençait à régner, afin de rester auprès des malades alitées au Revier. »

Elle reste donc à Ravensbrück avec un petit groupe de “31000” dont Charlotte Delbo, Mado Doiret, Madeleine Jégouzo alias Lucienne Langlois, le docteur Heidi Hautval, Lucienne Michaud (Nicole Lautissier), Aimée Doridat (Manette), Hélène Bolleau, Simone Loche, Simone Sampaix et Julia Slusarczyk. Beaucoup sont gravement malades, voire à toute extrémité.

La Libération de Ravensbrück

Les 23 et 25 avril, la Croix-Rouge suédoise vient prendre en charge les Françaises, les Belges et les Luxembourgeoises mais ne peut pas emmener les malades intransportables. La Croix-Rouge n’a pas pu revenir car les routes furent coupées. Marie-Claude avec le docteur Heidi Hautval restent sur place pour s’occuper de toutes ces malades. Le 28 avril les SS abandonnent le camp. C’est alors que les femmes déportées restées au camp découvrent le camp des hommes.

Marie-Claude témoigne à Nuremberg sur la situation épouvantable de Ravensbrück au départ des SS : « Lorsque les Allemands sont partis, ils ont laissé 2 000 femmes malades et un certain nombre de volontaires dont moi-même, pour les soigner ; ils nous ont laissées sans eau et sans lumière ; heureusement les Russes sont arrivés le lendemain. Nous avons donc pu aller jusqu’au camp des hommes et là, nous avons trouvé un spectacle indescriptible ; ils étaient depuis cinq jours sans eau ; il y avait 800 malades graves, trois médecins et sept infirmières qui n’arrivaient pas à retirer les morts de parmi les malades. Nous avons pu, grâce à l’Armée Rouge, transporter ces malades dans des blocs propres et leur donner des soins et de la nourriture, mais malheureusement, je ne peux donner le chiffre que pour les Français : il y en avait 400 quand nous avons trouvé le camp, et il n’y en a que 150 qui ont pu regagner la France ; pour les autres, il était trop tard, malgré les soins… »

Marie-Claude et Heidi Hautval, avec d’autres déportées, notamment le médecin de l’armée rouge, Antonina Nikiforova, prennent en main l’administration du camp. Elles restent à Ravensbrück jusqu’à ce que tous les malades français aient été évacués.

Ravenbrück est libéré le 30 avril 1945 par l’Armée rouge et Marie-Claude ne revient en France que le 25 juin 1945. Pendant ces semaines, elle se consacre aux malades en attente de rapatriement. Sous la plume de Rémy Roure, dans Le Monde du 16 juin 1945, on lit : « Chaque jour, cette magnifique Française parcourt les blocs, relève les courages, donne de l’espoir qui n’est souvent que de l’illusion. Le mot de sainteté vient à l’esprit quand on voit cette grande sœur de charité auprès de ces hommes et ces femmes qui meurent chaque jour »

Témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier à Nuremberg. 28 janvier 1946.
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