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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Gatsby Le Magnifique. C'est ce soir sur Arte.

Après la première guerre mondiale dans les années 1920, les « années folles », l'élégant et mystérieux Jay Gatsby (Robert Redford), millionnaire à la fortune douteuse, est obsédé par la belle Daisy Buchanan (Mia Farrow), un amour de jeunesse qu'il tente de reconquérir.

Le film de Jack Clayton est sans doute l'adaptation la plus célèbre du chef d'oeuvre de F. Scott Fitzgerald bien plus que celle qui ont précédée (une muette en 1926 et une autre en 1949 avec Alan Ladd en Gatsby déjà produite par la Paramount) et qui ont suivies (une en opéra en 1999 et un téléfilm en 2000). Adaptation célèbre mais guère célébrée au vu de l'accueil critique tiède que reçu le film à sa sortie, plus salué pour sa beauté plastique que pour ses qualités dramatiques. Paru en plein faste des années folles le livre de Fitzgerald offrait un regard désenchanté sur cette aristocratie fêtarde et insouciante qui dissimulait son mal être derrière l'opulence, sensé être la voie vers tout leurs désir.

Le film d'une fidélité exemplaire retranscrit à merveille ces thèmes grâce à un script signé Francis Ford Coppola qui prenait le relais de Truman Capote avant de voir sa copie remaniée par Vladimir Nabokov et Philp Roth, rien que ça. La grande différence avec le livre est le regard changeant pour brasser ces différentes questions. Le livre est narré du point de vue du fade Nick Carraway (incarné ici par Sam Waterston dont la présence effacée et le non charisme sont parfait) observateur des évènements dans un ton teinté de regret et de nostalgie. Jack Clayton respecte dans un premier temps cette narration avec une voix off omniprésente reprenant des pans entiers du livre et surtout retranscrivant bien tout le mystère et la fascination inspirée par Gatsby avant son apparition effective à l'écran. Silhouette mystérieuse, objet de toutes les conversations et spéculations sur son passé, le personnage pose son empreinte sur le récit progressivement et apportant un liant au moment de creux volontaire ressenti face à l'existence de cette caste de nantis.

C'est à l'arrivée concrète de Gatsby que Jack Clayton dévoile son projet et la manière dont il va s'approprier le roman. Scott F. Fitzgerald faisait passer tous les évènements et informations par son narrateur, créant un sentiment diffus et distant face aux évènements et aux personnages qui gardait un côté fascinant mais assez éloigné du fait de l'écart de classe avec Carraway mais aussi par la nature nostalgique exprimée par le récit. Il en va autrement ici où les vrais héros reprennent peu à peu les rênes de la dramaturgie. Robert Redford (qui damna le pion à Warren Beatty et Jack Nicholson notamment) incarne un Gatsby parfait, ne commettant pas l'erreur de trop jouer sur son charme naturel et maintenant toujours une raideur inquiète derrière sa prestance flamboyante (qui d'autres pourrait arborer un tel complet veste rose avec autant de classe ?).

Mia Farrow en Daisy arbore une frivolité et superficialité qui sied bien à son exubérance et le couple vedette se dissimule ainsi chacun derrière un masque, de mystère pour Gatsby et de richarde légère pour Daisy. Tout bascule lors de la formidable séquence où il se retrouve, l'impassible et creux Gatsby voyant enfin ses traits s'animer et Daisy tombant alors son attitude tout en posture. Tout les faits devinés au fil du livre par Carraway s'expriment dans le film à travers les échanges entre Daisy et Gatsby, notamment la différences de classe sociale qui causèrent la séparation.

Ce qu'on perd en mystère on le gagne en romantisme avec une mise en image magnifique de Jack Clayton qui idéalise la beauté des décors, la photo diaphane de Douglas Slocombe qui drape les amants dans un voile féérique et cette fameuse nostalgie s'exprimant désormais dans le souvenir du passé idéalisé qu'ils partagent (et qu'on évoquera que par le dialogue) tel ce moment où ils dansent alors que Gatsby a remis son uniforme militaire de l'époque. La caractérisation des autres personnages obéit aussi dans une moindre mesure à ce parti pris notamment Jordan Baker (Lois Chiles qui eu donc un début de carrière intéressant avant de sombrer après avoir fait la James Bond Girl dans Moonraker) dont la fourberie au golf s'affirme le temps d'une scène.
 

 

Un des éléments les plus fascinants du livre était la description des fêtes orgiaques de Gatsby et le film offre un luxe et une frénésie flamboyante pour illustrer ces folles soirées, que ce soit la bande son gorgée de standard jazzy ou le soin extrême apporté au décors, bibelots et costumes. Le générique de début (et de fin identique qui lui répond) traversant les lieux vides et les objets sans vie synonyme de la grandeur de Gatsby exprimait pourtant la vacuité de ses possessions toutes au service d'un seul objectif, se montrer digne de Daisy (le générique se terminant sur une de ses photos et signifiant ainsi sa nature d'objectif de tout ses trophées). La discrétion du début laisse place à un étalage très nouveau riche où on devine le goût de l'épate du héros lorsqu'il fait visiter à Daisy sa maison mais une cruelle tournure d'évènement va réduire leur romance à ce qu'elle est : un souvenir.

Clayton parvient à souligner ce fossé par petite touche sans dialogues (le passé commun que ne connaîtra jamais Gatsby représenté la petite fille d'ailleurs jouée par une toute jeune Patsy Kensit !) notamment ce formidable moment où le passé criminel de Gatsby se devine durant un court fraction de seconde (formidable Redford à nouveau) lors d'un échange tendu avec le méprisant Tom Buchanan (excellent Bruce Dern également). Le beau soldat romantique dissimule de drôle de zones d'ombres et la jeune fille d'antan s'accrochera plus volontiers à ses possessions qu'aux risques d'une aventure.

Le drame final ne fait qu'accélérer une situation inéluctable. Le film pêche uniquement par sa toute fin peut être trop fidèle (et qui prolonge même un peu par rapport au livre) quand une conclusion un peu plus abrupte aurait mieux fonctionnée et souffre de petites longueurs. Malgré tout une belle, fidèle et intelligente adaptation qui mérite bien plus qu'une simple simple reconnaissance esthétique. En attendant celle à venir par Baz Luhrmann avec Leonardo Di Caprio en Gatsby, ça promet...

Daisy et Gatsby.

Daisy et Gatsby.

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