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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.700 articles.

Les petites robes noires de Madeleine ST JOHN

C'était l'un des conseils d'Olivia de Lamberterie dans Télématin.

Je l'ai acheté au moment même où elle finissait sa critique.

Le samedi 2 novembre au matin.

Et j'ai bien fait.

Retour sur un roman australien.

…………………………..

On est à Sydney.

Dans les années cinquante.

Au grand magasin F.G. Goode's.

A l'étage des robes de cocktail.

Trois semaines avant Noël.

Magasin où toutes les vendeuses sont vêtues de la même petite robe noire.

"Les dites robes noires étaient portées durant la semaine, nettoyées à sec par Goode's pendant le week-end, pour être prêtes à recommencer une nouvelle semaine de travail le lundi matin, et elles avaient une drôle d'odeur. Celle-ci n'était pas déplaisante, mais curieuse - vestige des fréquents nettoyages à sec mêlé aux relents de talc bon marché et de transpiration. Toutes les vendeuses de Goode's sentaient cette même odeur quand elles portaient leur robes noire."

Même petite robe noire qui masque mal des personnalités fort différentes.

"A la fin d'une chaude journée de novembre, Miss Baines et Mrs Williams du rayon Robes de Goode's se plaignaient en enlevant leur robe noire pour se changer avant de rentrer chez elle."

La première à apparaître sous la plume de notre écrivain est Mrs Patty Williams.

"Mrs Williams était une petite femme toute menue, blonde comme les blés, avec un visage fatigué et une indéfrisable cartonnée. Frank, son mari, était un con, naturellement."

"C'était un con standard, ni cruel ni violent, tout juste insensible et incapable d'aligner deux mots."

Le ton est donné !

Chaque soir, Frank va picoler au pub, revient légèrement éméché et exige un bien beau gros steak.

Patty souffre de ne pas avoir d'enfants.

Son plus grand désir.

Miss Jacobs, elle, est chargé des retouches.

"La corpulente Miss Jacobs était une femme d'âge mûr avec le teint olivâtre et de maigres cheveux gris foncé noués en un petit chignon à l'ancienne à l'arrière de sa grosse tête ronde. Elle portait des lunettes à monture métallique et un mouchoir blanc immaculé glissé en permanence dans son décolleté."

Fay Baines âgée de 28 ans est une vieille fille solitaire aux histoires amoureuses sordides.

"Pour une raison ou pour une autre, la vue de Fay n'était pas de celles qui inspiraient des idées de mariage, et c'était malheureux, car c'était là son vœu le plus cher - ce qui tout bien considéré était on ne peut plus naturel."

Lesley Miles, surnommée Lisa, est une jeune étudiante qui vient bosser en tant que vendeuse intérimaire pendant la période des fêtes.

Son souhait le plus cher est d'intégrer l'université. Ce qui n'est pas du goût de son père typographe dont elle est la fille unique.

"Arrivée en dernière année, elle figurait respectablement dans les rangs des éléments plus ou moins prometteurs : ces élèves qui obtiendraient des résultats solides sans être spectaculaires et décrocheraient certainement une bourse d'études du Commonwealth."

Lisa est mince, très mince.

Ne sait pas se mettre en valeur. Et subit la tyrannie maternelle.

Reste Magda.

La belle Slovène. Qui a dû fuir son pays.

Se parfume à Mitsouko et officie aux Modèles Haute Couture.

"Que l'on aille pas imaginer que Magda portait la robe noire réglementaire de Goode's quand elle officiait aux Modèles Haute Couture. (….) Elle avait acquis une collection de robes noires et de ce qu'elle appelait costumes, dont beaucoup étaient égayés pour ne pas dire rehaussés par de discrets ajouts de blanc - des cols, parfois, ou encore des poignets, ou les deux - ou même dans le cas d'un costume, de rose pâle ; le tout astucieusement acheté dans de petites boutiques de luxe où elle préférait se fournir en bénéficiant d'importantes remises que Goode's leur remboursait ensuite en vertu d'un accord passé avec elles."

Magda a de l'ambition.

Beaucoup d'ambition.

Et un mari hongrois.

Ce qui nous permet de découvrir la communauté d'exilés d'Europe de l'Est.

…………………..

Comment ces cinq femmes vont-elles passer les fêtes ?

Leur vie va-t-elle être chamboulée à ce moment précis ?

La belle Magda va-t-elle mener la danse ?

La timide Lisa va-t-elle crever l'écran avec ses conseils de mode ?

Pour avoir acheté une chemise de nuit affriolante, Patty va-t-elle (enfin) découvrir le plaisir avec son mari ?

C'est tout le talent de Madeleine St John que de nous le conter.

Il y a, à la fin du roman, une biographie très détaillée de Madeleine St John.

Madeleine est née à Castlecrag, dans la banlieue huppée de Sydney.

Elle s'installe à Londres (Notting Hill) en 1968.

Quand elle écrit ce premier roman, en 1993, elle a 52 ans et travaille par intermittence dans une librairie, souffre déjà d'emphysème et tire le diable par la queue.

Son roman - qui s'appelle en anglais "The women in black" - est un chef d'œuvre d'observation et d'humour.

Elle a été nommée pour le "Booker Prize of Fiction" pour son troisième roman 'The essence of the things".

Elle a écrit en tout quatre livres.

Et est partie surfer sur les nuages du paradis des Australiennes en 2006.

A l'âge de 65 ans.

"Elle est très tendre avec ses personnages femmes et en même temps a beaucoup d'humour et beaucoup de verve"

"ça se déguste comme un bonbon… mais pas comme de la guimauve, c'est plutôt des dragées au poivre."

déclare Olivia de Lamberterie.

Et on la croit sur parole.

Liliane Langellier

 

Les petites robes noires.

Madeleine St John.

Albin Michel

288 pages

19 €.

 

P.S. A l'occasion de cette recension, j'ai découvert "On l'a lu" le blog littéraire de Pascale Frey.

Que je vous recommande vivement.

P.S. 2 Merci à toutes et à tous pour les 988 visiteurs depuis début novembre.

 

Les petites robes noires de Madeleine ST JOHN
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