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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

3 septembre 1939 : début de la drôle de guerre

3 septembre 2022...

83 ans déjà...

83 ans que mon père, Fernand Deleporte, a été mobilisé comme 5 millions de Français (1/4 de la population masculine), de 18 à 48 ans, le 2 septembre 1939.

La moitié seulement est combattante :

- 700 000 servent de main d'œuvre à l'industrie (affectés spéciaux), 

- 300 000 restent à l'instruction,

- 250 000 restent chez eux pour les besoins de l'agriculture,

- 650 000 sont affectés aux services et,

- 150 000 à des postes divers.

Ses beaux-frères seront affectés spéciaux, chez Citroën ou chez Carnaud Basse-Indre.

Maman Jeannette, elle, a remisé sa petite voiture de fleurs de la place Marcel Sembat à Boulogne Billancourt pour entrer comme ouvrière chez Caudron Aviation.

Après cette mobilisation précipitée...

S'en est suivie une longue période d'indécision.

Où, casematés aux frontières du nord est, ils rêveront d'aller "pendre leur linge sur la ligne Siegfried !"

9 mois, le temps d'une grossesse.

Du 3 septembre 1939 au 10 mai 1940.

Comme de nombreux enfants, je ne lui ai pas posé assez de questions de son vivant.

Me reviennent en mémoire des noms de villes de l'Est comme Brouennes, Montmédy, La camp de Bitche, Verdun - où il s'est battu comme son père s'était battu avant lui...

Oui, avant d'être fait prisonnier et interné au Stalag XII D de Trêves en Allemagne.

Il était tirailleur mais aussi infirmier auprès d'un médecin colonel.

Il a combattu avec les tirailleurs sénégalais et leurs redoutables coupe-coupe.

Avant l'attaque, on leur faisait boire une infâme mixture de gnôle et d'alcool à 90°.

S'ils étaient pris par les Allemands, ils étaient fusillés sur le champ.

…………………….

Deux remarquables reportages ont été consacrés à cette drôle de guerre.

Le premier, "1939, la France entre en guerre" d'Antoine Vitkine, a été diffusé sur France 2 le 2 septembre 2019 au soir.

Avec la merveilleuse voix de Jean-Pierre Darroussin.

On peut voir son replay ici.

"De l’entrée en guerre, le 3 septembre 1939, à la défaite en juin 1940, comment les Français ont-ils vécu l'effondrement de la démocratie et le début de l'occupation nazie ? Au moyen d'archives exceptionnelles, en couleur, et parfois inédites, ce programme revient sur cette période complexe. Les forces mises à disposition de l'armée française ont semblé impuissantes face à la Wehrmacht. Comment expliquer une défaite survenue en quelques semaines une guerre ? L'opinion et les décideurs de la IIIe République pensaient avoir les moyens de l'emporter. Bien avant l'invasion de la Pologne, la confrontation avait été méticuleusement préparée tout au long des mois précédents. Que s’est-il passé pendant cette période charnière de la «Drôle de guerre»"

Et lire son décryptage ci-dessous :

Oui, comment une armée réputée la première du monde a-t-elle pu être ainsi mise en déroute ???

Alors qu'elle avait plus de chars, plus de soldats, plus de canons que la Wehrmacht, un puissant allié, le Royaume-Uni, et les ressources d'un immense empire...

Pour notre bonheur, nombreux sont les Français qui tinrent, à cette époque, un journal intime.

Notamment l'écrivain Jean Malaquais, l'avocat parisien Maurice Garçon, ou le colonel Louis Rivet qui dirige les services secrets français.

Ou encore un habitant du village de Beaujolais ou un commerçant lillois.

Ces différents témoignages seront la trame du reportage de Vitkine.

Ne pas oublier que l'un des tout premiers sondages politiques mené par l'institut IFOP reflète cet état d'esprit :

"A la question la France doit-elle répondre par la force à l'attaque de la Pologne, les Français sont 76 % à répondre oui."

Les députés ont acquiescé le choix de la guerre à l'unanimité moins une voix.

Les syndicats de gauche et les ligues d'extrême-droite sont toutes unies contre l'ennemi héréditaire.

Le moral des Français sera régulièrement observé et sondé à travers les lettres et les appels téléphoniques.

La réussite de cette gigantesque mobilisation renforce encore la confiance des Français dans leur armée.

Même si la vie économique a été interrompue et que tout est désorganisé.

600.000 personnes d'Alsace et de Moselle sont évacuées des zones proches du Front et envoyées vers le Sud-Ouest.

Les bâtiments sont hâtivement protégés, les civils vivent dans la peur des bombardements.

Paris compte 40.000 abris.

Par crainte des bombes, des dizaines de milliers de petits Parisiens ou originaires des villes de Nord sont envoyés vers les campagnes.

Le 7 septembre, les troupes françaises pénètrent en Allemagne nazie dans la Sarre.

Elles prennent un territoire de 8 kilomètres carré ne rencontrant qu'une faible résistance.

La Wehrmacht est occupée en Pologne.

Le bassin industriel de la Ruhr est à portée de canons.

Pourtant, deux semaines plus tard, le 21 septembre, les soldats reçoivent l'ordre de se replier.

Cet ordre émane du général Maurice Gamelin.

S'il a mené cette opération, c'est uniquement pour tenir la promesse faite aux Polonais d'attaquer l'Allemagne si leur pays était agressé.

Sur le Front, rien ne se passe.

Si les généraux français sont âgés et ont tous participés à la Première Guerre Mondiale, Hitler, lui, s'appuie sur des généraux jeunes et novateurs.

Il profite de cette trêve pour réorganiser la Wehrmacht après son entrée en Pologne et sa victoire en 3 semaines.

La gigantesque ligne Maginot s'étire sur 200 kilomètres des Alpes au sud de la Belgique.

Elle accapare 200.000 soldats.

Et représente une muraille imprenable derrière laquelle on attendra l'ennemi.

 

 

Le 17 novembre se réunit un conseil de guerre interalliés.

Tous savent que la ligne Maginot n'empêchera pas toute invasion car elle s'arrête juste avant la frontière belge.

Les stratèges pensent que c'est précisément par là que les Allemands pourraient attaquer.

En cas d'attaques, la tactique du général Gamelin consistera à envoyer aussitôt en Belgique ses meilleures divisions, à y repousser l'ennemi et à attaquer victorieusement jusqu'en Allemagne.

Le plan Dyle-Breda est approuvé par tous.

Pendant ce temps, à l'arrière, la vie parisienne reprend. Aucun rationnement n'est imposé.

Les cabarets, les cinémas et les théâtres ont rouvert.

Devant le Moulin Rouge, s'affiche un slogan qui conforte la population : "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts."

Pour vaincre les chefs militaires comptent sur les colonies : les 400.000 tirailleurs sénégalais viennent en renfort. Mais aussi des spahis et des goumis algériens...

Et sur un blocus drastique imposé à l'Allemagne.

Les marines françaises et britanniques cherchent à étrangler le IIIe Reich.

En attendant "le temps joue pour nous" est le credo du moment.

Un temps que le général Gamelin veut utiliser pour obtenir plus de chars, plus de canons et surtout plus d'avions qui est le retard de la France.

Lors de la déclaration de guerre, on ne possédait que 450 chasseurs, souvent anciens face à 1.800 bombardiers allemands.

Alors toutes les grandes entreprises industrielles sont mises au service de l'armée, comme Renault, Peugeot, le métallurgiste Schneider, une course à l'armement est lancée dont les combattants sont les ouvriers.

Et surtout les ouvrières. Et les très jeunes gens.

Dans les usines d'armement, le travail hebdomadaire est porté à 60 heures, 6 jours sur 7. Les syndicats ont accepté la suspension des acquis sociaux de 1936, dont la semaine de 40 heures.

Chaque mois, 300 chars sortent des usines.

Le manque d'avions est plus long à combler.

"Le temps travaille pour nous" dit un slogan. Mais pas que...

Hitler aussi fait travailler ses usines et masse toujours plus de troupes aux frontières.

Ces chars que l'on possède en plus grand nombre que l'ennemi, encore faut-il les utiliser efficacement.

Le haut commandement les estime aptes à protéger les fantassins.

Mais leur autonomie est limitée, et on n'a pas jugé bon de les équiper de liaisons radio et de réserves d'essence suffisantes.

Des jeunes officiers savent que les chars et les avions changent la façon de faire la guerre. Parmi eux, un colonel commandant l'une des rares unités blindées envoie notes sur notes à ses supérieurs.

C'est Charles de Gaulle.

Gamelin, enterré au château de Vincennes, dédaigne les prédictions d'un simple colonel.

Selon lui, l'armée française est trop puissante pour que les chars et les avions d'Hitler puissent rééditer leur guerre éclair.

En décembre, un hiver glacial s'abat sur la France et sur les hommes au front.

Un millier de soldats français sont morts depuis septembre.

Roland Dorgelès, ancien poilu et journaliste, écrit :

"Ah c'est une drôle de guerre, m'explique un soldat, c'est à qui essaiera de prendre son voisin à revers, une vraie partie de cache-cache. A certains endroits, je me suis approché à 100 mètres du Boche sans essuyer un coup de fusil."

Rapportée par Dorgelès, l'expression "drôle de guerre" connaît un succès immédiat.

 

Introduction de La Drôle de Guerre (1957)

 

A l'arrière des lignes de combat, les soldats sont désoeuvrés. Ils ne sont pas au courant de ce qui se passe. Le moral est en berne.

La démoralisation gagne toute l'armée.

L'Etat-major essaie d'apporter des réponses à cette situation inhabituelle. Chaque soldat se voit offrir une séance de cinéma par semaine et parfois des spectacles (ici, on voit Joséphine Baker sur scène).

Dans ce contexte, la qualité des rations est de la plus haute importance.

Un soldat français dispose de 7 fois plus de viande qu'un Allemand.

Tous ces vivres sont réquisitionnés au détriment des civils à l'arrière. Qui subissent les jours sans viande.

De nombreux Français n'acceptent plus de se priver pour une armée qui ne combat pas.

Les écoutes téléphoniques s'inquiètent.

Pendant cet hiver 1939, le colonel de Gaulle écrit une longue lettre à un ministre acquis à ses idées, Paul Reynaud.

"A mon avis, l'ennemi ne nous attaquera pas avant longtemps. Son intérêt, c'est de nous laisser cuire dans notre jus. Il attendra que l'actuelle stagnation mécontente l'armée et le peuple français. Il attaquera quand cette passivité prolongée aura entraîné chez nous un fléchissement moral."

Noël 1939 est un Noël bien triste pour les soldats et pour leur famille.

Dès 1940, l'union sacrée fait défaut. Au Parlement, l'attitude attentiste de Daladier et de Gamelin est critiquée. 

Ce climat délétère est dû aux crises économiques des années 30 qui ont vu prospérer des mouvements extrémistes et populistes. Ces fractures françaises se reflètent parmi les soldats.

Le philosophe Valentin Feldmann écrit : "La guerre est un non sens. Elle est faite pour ceux qui ne la font pas."

De son côté, l'extrême-droite a longtemps clamé : "Plutôt Hitler que Blum !"

Certains soldats en viennent à accuser Hitler et les Francs-Maçons : "Cette guerre-là est différente, c'est une guerre de pognon, et nous, on manque de pognon."

Ces divisions, ces confusions sont entretenues et amplifiées par la propagande nazi.

Depuis l'autre rive du Rhin, des hauts parleurs diffusent "Voulez-vous mourir pour la finance ?"

Ou encore "Vos femmes vous font cocus avec les Anglais."

Des avions larguent des tracts jusqu'à Paris. Une radio allemande propage en français fausses nouvelles et rumeurs sans que les autorités ne parviennent à brouiller les ondes.

L'opinion a la hantise d'une Cinquième Colonne de traîtres et voit des espions partout.

En conséquence, la police rafle et interne les indésirables : les citoyens allemands qui, bien souvent, fuient le nazisme, ou encore les apatrides.

La propagande officielle est à l'image de la stratégie militaire : passive et sans grande audace.

L'historien Marc Bloch déplore "cet optimisme irritant et grossier et par-dessus tout l'impuissance de nos gouvernants à définir honnêtement leur but de guerre."

Les Français sont peu informés de ce qu'est le nazisme.

De son côté, la propagande officielle n'évoque jamais l'antisémitisme.

Ce qu'une majorité de Français est prête à combattre, c'est l'Allemagne plus que le nazisme. L'ennemi héréditaire qui menace le pays plus que l'idéologie hitlérienne qui menace l'humanité.

Sur le Front, la fin de l'hiver apporte un peu de réconfort aux soldats.

Pour ce qui est des Ardennes, l'état-major de Gamelin juge infranchissable ce massif escarpé situé à la jonction de la ligne Maginot et des grandes armées du Nord.

A Paris, le 19 mars 1940, le colonel Rivet, apprend soudain l'existence d'un nouveau plan ennemi : un jeune général Manstein (NDLR Erich von Lewinski connu sous le nom d'Erich von Manstein) aurait proposé à Hitler une manœuvre audacieuse : après l'attaque par la Belgique attendue par les Français, les surprendre par une offensive massive à travers les Ardennes.

Rivet se précipite à Vincennes en informer Gamelin évoquant une source haut placée dans la Wehrmacht et des repérages allemands sur les ponts des Ardennes.

Mais le généralissime n'est pas homme à changer d'avis. Il reste sourd à cet avertissement comme à ceux qui suivront.

Il ne consent à renforcer les Ardennes que d'un maigre bataillon.

Rivet, impuissant, note ces quelques mots lapidaires dans son carnet de bord : "Compte-rendu verbal au général Gamelin sur renseignements de la nuit." Puis, il invite sa famille à déjeuner à son Q.G. au soleil comme s'il voulait profiter de la vie tant qu'il est encore temps.

A l'arrivée du printemps, le dénouement semble enfin approcher. 

Le 9 avril, 8 mois après l'entrée en guerre, 25.000 Français appuyés par les Britanniques partent à l'assaut des troupes allemandes en Norvège.

Les Alliés veulent renforcer le blocus en stoppant les importations de fer allemand qui transitent par le port de Narwick.

L'opération est approuvée par le récent successeur de Daladier, Paul Reynaud, réputé plus combattif.

Sur le moral des Français, cette rupture de la routine a un effet considérable. Les écoutes téléphoniques le confirment. On y voit les prémices de la victoire, le moral est en hausse, on se sent renaître, on se prend à espérer. 

Chacun le sent. Une drôle de guerre s'achève. Etrange alternance de détermination et de découragement. 

La France est-elle prête ???

Vaincra-t-elle parce qu'elle est la plus forte ???

Ou bien toutes les faiblesses apparues les mois précédents scelleront-elles son sort ?

A ce moment-là, tout paraît encore possible.

Le 10 mai 1940, Hitler juge son armée enfin prête au combat.

A 4 heures du matin, il attaque la Belgique et la Hollande au moyen du premier parachutage massif de l'Histoire.

Après 9 mois d'attente, un million de soldats français, appartenant aux meilleures unités, se lancent en Belgique à la rencontre de la Wehrmacht conformément aux plans de Gamelin.

Le généralissime leur adresse ce message : "L'Allemagne engage contre nous une lutte à mort. Les mots d'ordre sont : courage, énergie, confiance."

Dans un premier temps, l'armée stoppe l'avance allemande au centre de la Belgique.

Un sous-officier écrit : "Les Belges nous acclament. Nous sommes tous fiers d'être un soldat français. Celui qui rouspète toujours mais qui est invincible."

Le 13 mai, dans la nuit, un jeune capitaine André Bourges, est appelé en urgence au Q.G. de l'armée. Il se souvient :

"J'entre dans un salon très peu éclairé. L'atmosphère est celle d'une famille où l'on veille un mort. Au téléphone, un commandant commente d'une voix douce les renseignements qu'il reçoit. Les autres se taisent. L'adjoint de Gamelin, le général Georges est en larmes."

Une immense colonne de panzers allemands soutenus par des milliers d'avions vient de franchir les Ardennes supposées infranchissables. 

Elle parcourt 120 kilomètres en deux jours.

Une vitesse jamais atteinte par une armée, écrasant toute résistance sur son passage.

Le plan Gamelin se transforme en piège.

Le gros de l'armée française entrée en Belgique est pris en tenailles, dans une gigantesque nasse par les Allemands qui foncent vers la Manche.

Le 15 Mai, à Vincennes, le colonel Rivet voit un commandant-en-chef défait, tétanisé par l'effondrement de ses prévisions, indécis sur la conduite à tenir.

Rivet note laconiquement dans son journal de bord : "Gamelin est très préoccupé par l'avance foudroyante des Allemands. On se prépare à faire face."

Mais les insuffisances du commandement apparues pendant la drôle de guerre, ont maintenant un effet désastreux. 

Gamelin et ses généraux mettent deux jours à organiser la contre-attaque.

Deux jours de trop quand il faudrait réagir en une heure.

Au rythme des Allemands.

Sur le terrain, les communications sont déficientes.

A Sedan, un général attend un ordre écrit au lieu d'agir sur le champ.

Ailleurs, des divisions entières restent l'arme au pied ne recevant aucune instruction.

Quatre jours après la percée des Ardennes, la brigade blindée du colonel de Gaulle est envoyée au nord de Reims, pour mener une contre-attaque.

La veille, de Gaulle écrit à sa femme : "Ma petite femme chérie, me voici en pleine bagarre. J'ai confiance. Cependant il faut s'attendre à tout. Assure-toi très discrètement d'un moyen de transport éventuel."

Il remporte une victoire sans lendemain.

Car, les unes après les autres, les contre-attaques échouent à stopper la progression ennemie.

Faute de stratégie cohérente. Faute de chars utilisés comme ils se devraient. Faute d'avions en nombre suffisant.

Les soldats sont débordés par les panzers.

Et surtout par des nuées de Stukas. Contre lesquelles ils ne peuvent rien.

Près d'Arras, un officier décrit : "Des hommes courent comme des fous. Le moindre bruit d'avion les plonge dans un état voisin de la folie. Des mois durant on leur a répété qu'ils appartenaient à la première armée du monde, commandée par les meilleurs."

Alors, comment ne pas comprendre maintenant leur panique. Et leur fuite.

En Moselle, un colonel rapporte : "Un tirailleur agonise. Un autre grièvement blessé m'explique : ya pas moyens casser tanks avec fusils."

Lorsqu'ils tomberont dans les mains des Allemands, près de 3.000 tirailleurs africains seront massacrés. Au nom des théories racistes des nazis.

Malgré tout, nombreux sont les soldats qui tentent de résister. Coûte que coûte. Parmi eux certains doutaient les mois précédents du sens de cette guerre.

A Dunkerque, fin mai, plusieurs milliers de Français paient de leur vie les combats acharnés contre des Allemands quatre fois plus nombreux. Ils parviennent ainsi à protéger l'embarquement des Britanniques et l'espoir d'une poursuite de la guerre.

Contrairement à un mythe entretenu par le Régime de Vichy, l'armée française s'est battue.

Elle perdra 60.000 hommes pendant la bataille. Et tuera presque autant d'ennemis.

Mais le courage ne suffit pas.

Cette guerre que l'on prépare depuis des mois est jugée perdue en une seule semaine.

Le 18 Mai, Gamelin, qui veut cesser les combats, est limogé, remplacé par le général Weygand, tout aussi impuissant.

A bout de souffle, le gouvernement fait appel au maréchal Pétain, comme un ultime recours. Et songe déjà à quitter la capitale.

Marc Bloch écrit : "Nos ministres nous ont mal préparés. Le haut commandement les y a peu aidés. Mais rien ne trahit plus la mollesse d'un gouvernement que sa capitulation devant les militaires. Ce régime était donc faible."

Début juin, la population ignore encore la gravité de la situation. Rassurée par ses dirigeants et par une propagande toujours aussi lénifiante. 

Même après les premières bombes sur Paris.

Puis, les Parisiens fuient précipitamment vers la Loire, se mêlant aux populations qui, par vagues, arrivent du Nord.

A mesure de l'avancée allemande, les civils subissent de terribles bombardements. Faisant des milliers de victimes.

Plusieurs millions de Français fuient sur les routes.

Dans le plus grand chaos.

Affamés, bombardés.

Parmi eux, errent 90.000 enfants perdus. Ou abandonnés.

Ces Français croisent une armée en déroute. Qu'on leur avait présentée comme invincible.

Cette défaite foudroyante autant qu'inimaginable sidère les esprits.

L'effondrement des certitudes, le sentiment d'une confiance trahie rendent tout possible même ce qui aurait paru impensable les mois précédents.

Un des vainqueurs de la Grande Guerre peut réclamer l'Armistice à l'Allemagne nazie le 17 juin.

Le gouvernement se réfugie à Bordeaux.

Tout est possible.

1.800.000 soldats d'une puissante armée, qui s'est bien battue mais fut mal commandée, peuvent être faits prisonniers.

"L'honneur des Français consiste à continuer la guerre au côté de leurs alliés…"

Un simple colonel, tout juste promu général, peut, depuis Londres, appeler à la résistance au nom de la France et des idées qu'il a prêchées en vain.

"La défaite française a été causée par la force mécanique, une force mécanique supérieure nous permettra d'avoir la victoire…"

Tout est possible.

Une nation civilisée peut s'apprêter à vivre sous la botte d'un régime barbare.

Tout est possible.

Un général français peut s'asseoir en face d'Hitler dans le wagon symbole de la victoire de 1918 pour n'avoir pas compris la guerre d'après.

Ce jour-là, le 22 juin 1940, le colonel Rivet adresse à sa femme une dernière lettre :

"Ma chérie, je n'ai pas le courage de regarder cet effondrement, je songe à nos chers petits. Nous valions mieux que ça. Nous leur devions autre chose que cette imbécile catastrophe. On n'a plus de mots. Nous sommes abreuvés de honte. Nous n'avons pas été vaincus, nous nous sommes suicidés."

………………….

Voilà le décryptage intégral de cette passionnante émission.

Cela m'a pris du temps.

Beaucoup de temps.

Mais je l'ai fait pour mieux comprendre l'état d'esprit de mon père en 1940.

Prisonnier des Allemands après une bien triste guerre.

 

Liliane Langellier

La Une du Figaro du 3 septembre 1939.

La Une du Figaro du 3 septembre 1939.

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A
Merci pour votre travail. J'ai regardé en replay l'émission de France 3, ce document est l'un des meilleurs que j'ai vu sur cette triste période. J'ai pris conscience que l' état major de la "meilleure" armée du monde était dépassé car viellissant et surtout prévoyant une guerre uniquement défensive.<br /> Je suis vos blogs avec plaisir.
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