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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.400 articles.

Mon reportage à Eton. L'école des rois.

Floreat Etona,
« Puisse Eton prospérer ».

Mi-avril 1988.

Après une année d'études au CFPJ, je dois écrire un premier mémoire sous forme d'un long article.

Un article qui sera édité.

Sur un sujet de mon choix.

Et, le problème…

C'est que j'ai bien du mal à choisir.

Tout me semble tiède.

Sans intérêt.

Et puis voilà que germe enfin l'idée.

Si je filais à Eton, près de Londres, pour faire une enquête sur leur fameux collège.

J'y étais passée lors de mon dernier séjour à Londres, chez Janet Mentzel, un an auparavant.

Et j'avais adoré ce lieu romantique, s'il en est.

J'ai aussi toujours été intriguée par "If" le film de Lindsay Anderson.

Je vends l'idée illico à Francine Rivaud, ma prof principale.

Que je réussis à joindre alors qu'elle est en vacances à La Réunion.

Pour lui raconter, toute excitée, mon projet.

Francine me met quand même en garde sur les difficultés d'une enquête en langue étrangère.

Mais je persiste et signe.

J'ai trouvé là mon sujet.

Et, cette fois-ci, je suis (enfin) enthousiasmée.

Le lundi 25 avril au soir, j'assiste au diner de bouclage avec notre documentaliste culturelle, Mademoiselle Jeanne.

Elle n'a trouvé aucune information sur Eton.

Je vais donc devoir faire fissa et me documenter sur place.

En arrivant.

Mes confrères machos ricanent et me taquinent…

"Jamais, tu ne pourras obtenir l'interview du proviseur dans ce repaire de mâles…"

Ils n'auraient pas dû.

Ou plutôt si.

Cela me permettra de mettre la barre encore plus haut.

Le mercredi 27 avril à 9 heures je m'envole pour Londres par le AF 806.

Après, taxi noir pour Windsor.

Et le logement au-dessus d'un pub.

Ce sera le Eton George Inn en High Street.

Vite, filer à la petite librairie locale.

Pour trouver des livres sur le célèbre collège.

Ce sera donc Eton Antique Bookshop dans la même High Street.

En me rendant à la librairie, j'ai repéré le petit Musée de la vie d'Eton.

Et je me promets d'y passer le plus tôt possible.

Je rentre au pub, et après une bonne pale ale, je bosse une partie de la nuit.

Dans les livres que j'ai achetés, l'un d'eux reproduit l'argot des college boys.

Et de superbes photos en noir et blanc.

Un autre parle des élèves boursiers.

 

Pour l'histoire du collège, je file dès le lendemain matin au petit musée.

Et, là, je fais la rencontre du gardien du musée.

Qui va tout me raconter.

Preuves à l'appui.

Il a la cinquantaine très british.

Le teint rosé.

Et l'humour, anglais parfumé à la bière, of course.

Je repars avec une pile de document.

Il m'a proposé de déjeuner avec lui le midi pour qu'il me montre des vues uniques sur la Tamise.

Nous allons tous deux ramper, sous des fils de fer barbelés, pour mieux voir les collégiens s'entraîner.

Entretemps, au pub, où ma présence de petite journaliste française fait tchatcher, j'ai fait la connaissance du propriétaire de la fabrique locale de bateaux : L'Eton Racing Boats.

Qui m'a invitée à visiter sa petite entreprise.

Lui, qui fabrique et envoie ses bateaux de course pour l'aviron dans le monde entier.

Mais ce qui m'angoisse, c'est l'interview du proviseur.

A Paris, Jean-François Leven et Babeth Bunio me téléphonent et me soutiennent moralement.

Je vais enfin l'obtenir cette interview via le gardien du musée.

Ancien élève d'Eton.

Cela ne sera pas facile...

Je me prépare toute la nuit du jeudi au vendredi 28/29 avril.

J'ai émaillé mes questions de l'argot du Eton Strange language.

"L'école a créé au cours des âges un jargon qui n'est compris que par les initiés. Par exemple, « sent up for good » signifie « mentionné pour de bons résultats », « sock up », c'est prendre une collation, généralement à Tudor Stores qui se trouve à gauche après le pont entrant dans la High Street, etc..."

Cela fera la conquête de ce géant écossais : Sir William Eric Kinloch Anderson.

Et il m'ouvrira alors toutes les portes.

- Celle d'une house avec sa "dame" attitrée qui veille sur le bien-être des collégiens.

J'ai même le privilège de visiter quelques chambres.

- Celle du professeur de Français.

Qui m'invite à l'un de ses cours de littérature dans son salon.

Face à des Terminales.

Et dont le sujet est (heureusement pour moi) "Madame Bovary" de Flaubert.

J'ai face à moi 4 jeunes hommes superbement dédaigneux.

Dont l'un est un préfet, et l'autre un "Pop" en gilet rouge.

Mais Monsieur Dubois (et oui, c'est son nom) va jouer parfaitement son rôle pour me mettre à l'aise.

Et puis, je vais les scotcher quand je vais reprendre Flaubert : "Bovary, c'est moi !"

Je vais assister aussi à leur "wall game"  ce savant mélange de football et de rugby.

Poussant son privilège, le Head Master m'a invitée à la cérémonie du dimanche matin dans leur superbe chapelle.

Parmi les professeurs.

Avec le romantisme des voix de jeunes enfants.

Quand je reprends mon vol à 17 heures le dimanche 1er mai

Je croule littéralement sous la documentation.

Reste plus qu'à…

Mais, là, j'ai la gnaque.

Ces 5 jours d'immersion totale donne ses fruits.

J'ai appliqué mes deux principes de base qui seront ma marque de fabrique : travailler en amont et avoir du culot.

Une petite anecdote pour finir ?

Quand je suis rentrée au journal...

J'étais très fière de mon interview du grand diable d'Head Master écossais en frac.

Et ils ont dit quoi mes confrères ?

Mais que je l'avais dragué, bien sûr, et que c'était mon charme qui avait agi...

Bande de machos, va !

 

Liliane Langellier

Les élèves en frac.

Les élèves en frac.

Eton. La cour principale. Et la statue d'Henri VI.

Eton. La cour principale. Et la statue d'Henri VI.

Eton. Vue de haut.

Eton. Vue de haut.

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