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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Un début à Paris. Philippe Labro.

Quoiqu'il arrive, j'apprends. Je gagne à tout coup.
Marguerite Yourcenar

C'est, de loin, mon livre préféré de Philippe Labro.

Je peux le dire à l'aise car je les ai tous lus.

Sans exception.

Paru en 1994, après "L'étudiant étranger" (1986 - Prix Interallié) et "Un été dans l'Ouest (1988 - Prix Gutenberg)…

"Un début à Paris" a la grâce unique des commencements.

Et quels commencements pour Labro.

"Entre Batta, le chasseur de la bête, fou alcoolique à l'affût des faits divers susceptibles de modifier les ventes du journal, et Willy, l'ascétique et mystérieux jardinier épris de littérature, j'avais la sensation de fréquenter le meilleur du métier, dans un bain unique."

Finie l'année universitaire américaine à Lexington en Virginie. 

Qui l'aura marqué à vie.

Et aura donné lieu à la publication de trois livres.

Fini le premier job aux Wagons Lits.

Philippe a envie d'écrire et il va savoir s'en donner les moyens.

C'est la folle époque où un petit homme russe, aux pantoufles noires en cuir sans talons, Pierre Lazareff, mène les médias parisiens de sa table au Berkeley.

Où Françoise Giroud a qualifié de "Nouvelle Vague" ces nouveaux cinéastes qui écrivent dans "Les Cahiers du Cinéma"...

Quel bel apprentissage, avec Ernest Hemingway pour maître :

"J'apprendrai jusqu'à ce que je meure. Les crétins croient pouvoir dire qu'on a maîtrisé la chose. Mais moi, je sais qu'on ne l'a jamais maîtrisée et qu'on aurait toujours pu faire ça mieux."

Ce qui va le lancer ?

C'est un portrait du poète manchot Blaise Cendrars.

Il obtient très vite l'accès à une chaise et l'extrême privilège d'assister aux conférences de rédaction d'un grand hebdomadaire parisien.

Un numéro spécial sur les bases américaines en France "Les Ricains" le confirme dans sa position.

Le reste coule de source.

L'article est remarqué.

Il passe alors aux Infos Géné (informations générales) d'un nouveau quotidien du matin.

Et il fait la connaissance d'un journaliste mondain Wence (Wenceslas Dubois).

"A l'argot des fumeurs de Boyards, et de la banquette gauche du Flore."

Qui l'initie au vrai Paris.

Celui dont il visite la faune lors de "la Ronde" de Montparnasse à Saint-Germain-des-Prés.

Sans oublier les bistrots célèbres des Champs-Elysées.

Et les soupes à l'oignon des petits matins aux Halles.

C'est aussi la folle époque du Studio des Acacias où des starlettes inconnues se battent pour être photographiées par un certain Da Silva.

Et surtout celle de son café adjacent.

C'est hélas aussi la douloureuse époque de la guerre d'Algérie.

"Cette guerre n'est pas ma guerre", avais-je coutume de dire."

Oui, Philippe Labro est sursitaire.

Mais pour combien de temps ?

En attendant…

Autant se livrer tout entier à sa passion : le journalisme.

Avec de bons maîtres :

"Willy avait perfectionné l'art de la première phrase d'accroche, l'imparable démarrage qui dit tout, mais donne envie de lire la suite, le coup de poing de départ, ce que j'avais, une année plus tôt, étudié dans mes cours de journalisme sur un campus américain, et que l'on désignait là-bas sous le nom de "catch phrase"."

Autant vivre intensément.

Et passer ses dimanches dans les maisons de campagne des uns ou des autres.

Chez la baronne de Sorgues, pourquoi pas ?

"Les Sorgues ne sont pas n'importe quel couple, reprit Wence, comme s'il ne s'était rien passé. Ils reçoivent des gens d'argent, vois-tu, des gens de pouvoir, des généraux - ça pourrait toujours te servir, je ne sais pas si tu suis mon regard ? Et souventes fois, il vient chez eux des gens qui, dans la même après-midi, iront prendre le café ou le thé ailleurs. Soit à Verderonnes, chez Anne-Marie, soit pour jouer au gin à Marnes, chez Marcel, soit à Vilennes, soit à Milly chez Jean, soit chez l'autre Marcel à Vilennes aussi, soit à Louveciennes chez le petit homme et sa femme."

L'effronté Labro se ramasse une veste en dragouillant la baronne.

Ce qui lui permet de connaître sa lumineuse jeune nièce de 16 ans au prénom prédestiné : "Lumière de Moralès."

Puis, c'est la première célébrité.

Après avoir planqué pendant des heures aux Gobelins, devant le domicile de "la manman" d'un assassin, Monsieur Frédo…

Après l'avoir rencontrée.

Après lui avoir soutiré une photo unique.

Pour pondre un papier sous un angle différent : "La maman de l'assassin" :

"(…) ça a fait un bruit fou ce papier. J'ai eu droit aux félicitations de tout le journal, et même au-delà. Mais je n'ai pu m'empêcher de m'en vouloir en silence, de considérer que je n'avais pas été assez courageux pour faire l'impasse, et oublier le geste de la vieille dame réclamant un peu d'affection et de réconfort, un peu d'amour, de la part d'un jeune homme dont elle pensait qu'elle ressemblait à son fils."

…………………………...

Comment Philippe va-t-il mener sa vie amoureuse ?

Entre Lucille Larsac, jeune actrice de la Nouvelle Vague...

La baronne de Sorgues...

Et sa nièce Lumière.

Comment va-t-il mener ses amitiés.

Entre Wence et Jean-François Chemla.

Comment va-t-il nous jouer les Rastignac...

A grimper brillamment tous les échelons.

Et finir - après "le déjeuner de Berkeley" - par être l'un des journalistes préférés de Pierre Lazareff :

"La grosse différence, dans une histoire, si on la retient après l'avoir lue il y a plus d'un an, c'est quand on a senti un peu d'amour derrière. N'oubliez jamais ça : les bonnes histoires, les bons articles, ce sont ceux à travers lesquels apparaît un peu d'amour. C'est cela qui fait marcher les hommes et le monde."

Quel va être son premier contact imprévu, très imprévu, avec la terre d'Algérie ?

Qui donnera corps à son papier : "Les mariés du djebel".

Ne comptez pas sur moi pour vous l'écrire ici.

Car c'est là tout le charme...

Le charme de la suite de son livre.

L'un des meilleurs de Labro.

Puisqu'on vous le dit.

Liliane Langellier

Un début à Paris. Philippe Labro.
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