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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

La vieille fille

Avec ton venin et ta hargne
Tu ferais battre des montagnes.
Charles Aznavour (Tu t'laisses aller. 1960)

C'était mon deuxième cadeau Bonux....

Je l'ai trouvée chez moi en rentrant de l'hôpital de La Musse.

Où, après ma mauvaise chute sous médicament, j'ai été brillamment rééduquée à la marche.

Elle et Zézette...

Pour être gâtée, on peut dire que j'étais gâtée !

Jamais cette femme n'avait mis les pieds chez moi auparavant....

Et pour cause...

Je la savais méchante, agressive, facho et haïssant les femmes.

Elles habitaient côte côte dans le bâtiment en face de chez moi, sa belle-soeur Suzon et elle.

Où elles étaient réputées pour pousser d'horribles gueulantes l'une contre l'autre.

Avec tous les noms d'oiseaux requis.

Tout le monde entendait. Tout le monde le savait.

Suzon m'avait balancé un jour : "Ma belle-soeur, c'est une vieille fille, elle a été mariée trois jours !"

Donc, à mon retour, le pli étant pris, la vieille fille venait tous les jours chez moi....

Mais j'ai très vite compris que la donzelle me taillait un costume derrière mon dos...

Tout ce que je faisais ou disais était matière à critiques.

Le grand blond

Il s'appelait Gilles.

La cinquantaine avantageuse. Grand, blond et fort joli garçon.

Ce qui avait affolé de nombreuses locataires dans ma petite résidence. Et occupé leurs conversations.

Il était toujours flanqué d'un ou deux adorables métis, ses derniers enfants.

Encore plus craquants...

C'est d'abord l'enfant dans ses bras que j'ai vu, bien avant le loustic.

Gilles était le voisin de la vieille fille.

Elle m'en avait pourtant parlé : "Un rêve, mon voisin, beau, célibataire divorcé..."

M'enfin ses délires ne m'avaient pas émue plus que ça...

Et voilà que nous avons conversé Gilles et moi.

Et voilà que nous avons organisé chez l'une ou chez l'autre des petits apéros sympas.

Elle a tout de suite essayé de me coincer sur le mode : "Moi,je suis trop vieille pour lui, mais, vous, à votre âge........"

Je lui ai rétorqué de suite : "S'il avait fallu que je couche avec tous les hommes beaux et intelligents avec lesquels j'ai déjeuné à ma folle période de L'Express, ma vie n'y aurait pas suffi."

Elle, elle se targuait d'avoir été serveuse au Fouquet's.

Et d'avoir fini sa carrière au Cercle Militaire à Saint Augustin.

Je l'imagine très bien jetant son plateau à terre et piétinant les commandes à la moindre réclamation d'un client !

Elle disait étouffer dans notre petite résidence car trop de femmes...

Et il lui fallait s'échapper chaque jour.

Pour aller, seule, boire son café en terrasse. 

Je l'ai d'ailleurs toujours vue seule quand je la croisais ici.

A l'approche de la mi-août, notre petite bande a décidé de fêter mon anniversaire chez l'une d'entre nous.

J'avais tout prévu : guacamole maison, chips mexicaines, vins rosés aux fruits, pizzas, et tutti quanti.

Mais la vieille fille rodait comme un gros bourdon.

"Je ne veux pas venir si Gilles est le seul homme de la soirée.Je ne serai pas une poule de plus devant le coq..."

Elle a fini par accepter car il y avait un autre homme invité.  Elle a alors filé acheter des crevettes roses et de la mayonnaise à Intermarché. Sa contribution à mon birthday.

Ce qu'elle aimait, elle. Parce que, pour moi, pas même une fleur !

Il y avait parmi nous une jolie petite institutrice. Qu'elle a prise aussitôt en grippe : "Elle ne sait pas dire bonjour..."

La petite fête s'est déroulée sans encombre...

Elle a bouffé ses crevettes et ne nous a pas saoulés.

Sieg Heil !

Les livres

Elle m'a agressée un soir sur la terrasse de Gilles, en prétextant qu'il y avait un château à Lormaye.

Si quelqu'un connait le village de Lormaye, avec la piste de l'affaire Seznec, c'est bien moi.

J'en ai remué les plans de maintenant et d'avant.

Je n'y voyais pas de château, mais elle s'est bêtement entêtée...

En fait, elle voulait parler de la demeure de l'antiquaire Bezard, qui est une "mansion", comme on dit aux States, mais pas un château.

Tout cela a pris de bien sottes proportions.

Le même jour, elle a débarqué chez moi alors que je cherchais un livre avec les paroles des chansons de Barbara.

Juste après, avec Zézette, elle s'est lâchée (pas futée car Zézette me répétait tout) : "Elle nous emmerde avec ses bouquins. Faut en jeter plus de la moitié..."

Oui, bien sûr !

Je vais jeter le contenu de mes 8 bibliothèques...

Est-ce que moi, je lui demande de jeter ses paquets de cigarettes ?

Petit rappel utile : ce sont les nazis qui ont jeté des livres au bûcher dans les autodafés allemands de 1933 !

Je lui ai alors parlé comme à une enfant malade : "Vous connaissez mon métier, n'est-ce pas ? Mon mari était imprimeur et j'ai aussi nombre de ses livres... Vous avez déjà vu une bibliothèque de journaliste à la télévision ?"

Mais rien n'y a fait.

Sieg Heil !

Le gardien

Première qualité aux yeux de la vieille fille : c'est un homme !

Où a-t-elle été perché, dans son esprit rétrograde, que les hommes avaient toujours raison ?

Qui lui permet de répéter au dit gardien tout ce qui se passe chez nous ?

Le pire a été atteint quand, faute d'avoir affiché ma nouvelle vignette d'assurance sur ma Peugeot, j'ai été menacée par notre propriétaire d'enlèvement de mon véhicule, comme épave...

Trente ans que j'étais assurée à la MAAF.

Et ma voiture était loin d'être une épave...

Là, je savais que j'avais été dénoncée.

Et je savais par qui.

Mais la vieille fille a filé trouver notre gardien pour lui demander si c'était bien lui la source de mes ennuis.

Réponse : pas du tout.

Et de me le répéter, très fière d'elle.

Qu'elle soit allée le trouver, soit, mais qu'elle me le répète...

Ce gardien est fainéant et désagréable..

Mais........ C'est un homme...

Sieg Heil !

La propreté

Zézette était, à cette époque, ma femme de ménage.

Et mon petit home était très propre.

Voilà qu'un jour, alors que j'allais m'abandonner à une douce sieste, débarque la kapo : "Je vais vous ranger votre placard."

Et la voilà qui sort tout de mon cabouin avant que j'ai pu dire ouf !

Je rêve de ma sieste ratée...

"Il faut demander à vos aides de peindre les tuyaux derrière le ballon d'eau chaude..."

Oui....... Bien sûr !

Une autre fois, même cirque avec les tuyaux sous le lavabo de ma salle de bains.

Là, je commençais à n'en plus pouvoir, et je lui ai décoché : "Vous étiez comme ça avec votre mari ???"

Sous-entendre : pas étonnant qu'il se soit tiré !

Tout ménage était systématiquement critiqué....

C'est à ce moment-là qu'elle m'a fait penser aux kapos des camps de concentration...

Sieg Heil !

Les femmes

"Je hais les femmes..." bramait-elle régulièrement.

Oui, ça, remarque, on avait compris.

"Ici, il y a trop de femmes."

Oui, mais c'est dans les statistiques nationales, les femmes vivent plus longtemps que leurs maris...

Alors.......

Je me fends d'un "Mais pourquoi donc êtes-vous venu habiter là ?"

Et j'apprends quelques jours plus tard qu'elle a eu un sacré culot : elle est entrée d'office dans un appartement qui était celui de la mère de Suzon, sans l'accord de notre propriétaire...

"Il faut que je sorte tous les jours car à cause des femmes, j'étouffe ici..."

Aucune des autres locataires n'oserait gouverner comme elle le fait ici.

"C'est ma maison" nous pond-elle un jour.....

Sieg Heil !

La dispute

Elle était devenue insupportable.

Surtout quand Gilles est venu à la maison pour que je lui corrige le français et l'orthographe de son mémoire.

Ce que personne d'autres ici n'aurait pu se targuer de faire.

Elle tournait et virait devant chez moi tel un frelon asiatique.

Et elle a fini, de rage, par me pondre chez une voisine : "Gilles et vous c'est fusionnel !"

Alors, là, ça l'a pas fait !

Tout ce que je supportais depuis des lustres a refait surface.

Et je l'ai copieusement engueulée.

Je sais faire. J'ai le vocabulaire et le talent pour...

Mais je ne recours que très rarement à ce genre de pratiques.

Je lui ai rappelé que je ne lui devais rien pour son aide en mon absence à la maison, car je lui avais offert deux superbes jardinières toutes plantées de dipladenias.

Ce qu'elle a nié dans sa rage...

Je lui ai aussi dit ce que je pensais de sa délation perpétuelle auprès du gardien...

Les mots me venaient aisément après cette annus horribilis...

J'ai bien cru qu'elle allait me frapper...

Sieg Heil !

Les poubelles

Je suis moyennement écolo.

Mais j'apprécierais de faire le tri des ordures dans notre petite résidence.

Si tri demandé par notre propriétaire, avec des poubelles ad hoc.

Pas par un fantasme de Cruella qui s'est permis de voler des poubelles aux voisins d'en face pour nous les attribuer royalement à nous.

Gonflée quand même !

Surtout que, histoire de ne pas s'encombrer avec des containers, la guindrelle vient coller ses ordures chez nous depuis des lustres !

J'ai eu le grand tort de rappeler, via un petit SMS très cool, la règle à une voisine qui avait aidé Cruella dans son méfait.

Et oui, seul notre propriétaire peut nous demander de faire le tri (nous sommes 22 locataires, ici)...

Et seul le syndicat (SITREVA) peut nous octroyer des containers spécialement dédiés au tri.

Mais pourquoi je pense avec ma tête, ici ?

Mais pourquoi je tente d'être intelligente en toutes circonstances ?

Mais pourquoi je me renseigne toujours pour connaître la loi ?

C'est trop tard, on ne me changera pas !

Et c'est bien que je sois comme ça.

Je sais que j'ai raison car il y a désormais deux clans, le clan qui trie et le clan qui trie pas.

Quant à la vieille fille, elle en a profité pour régler ses mauvais comptes et diriger les voisines contre moi.

Je n'ai dénoncé personne.

J'ai juste rappelé la règle.

Je me suis quand même débrouillée pour faire prévenir le maire de ma démarche..

Et bien m'en a pris.

Car je les ai vues partir pour la mairie, la vieille fille très agitée en tête...

Histoire de me faire ma fête.

Comme elle a dû être déçue...

Sieg Heil !

........

Ouf !

Je suis débarrassée définitivement de ce poids lourd qui encombrait  ma vie et flinguait mes heures.

Même si quand je la croise, elle m'injurie...

Même si ça va finir par une plainte pour harcèlement, incitation à la haine et diffamation.

Mais souvenez-vous...

Notre adorable petite voisine Mimi disait d'elle en levant les yeux au ciel "Cette femme-là, c'est une vieille fille facho..."

Mais quand je vous le dis.

Sieg Heil !

Liliane Langellier

La vieille fille
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