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Chez Jeannette Fleurs

Poussez la porte et entrez donc dans le blog culturel de Liliane Langellier. Plus de 1.500 articles.

La couleur des sentiments (the help) de Kathryn Stockett

No person is your friend who demands your silence, or denies your right to grow.

-- Alice Walker

Il y a toujours un raciste quelque part...

Témoin ce passager de RyanAir qui, vendredi dernier, demande à changer de place car il ne veut pas être assis à côté de Delsie Gayle, une femme noire de 77 ans...

Il va jusqu'à la traiter de "vache noire laide"...

Mais on est en 2018.......

La  vidéo de ces images, tournée par David Lawrence, est vue 5 millions de fois sur Facebook hier.

Où elle génère 17.000 commentaires.

C'est repris partout : Twitter, Instagram et autre Google+....

Les réseaux sociaux ont parfois du bon.

Puisque, du coup, c'est le sujet qui inaugure, à 13 heures, le JT (Journal Télévisé) de France 2 aujourd'hui mardi 23 octobre.

Vendredi dernier, j'ai aussi récupéré ce livre de Kathryn Stockett, "La couleur des sentiments" (Traduction Pierre Girard. Editions Jacqueline Chambon. Septembre 2010.) que j'avais prêté à une voisine.

Le hasard ?

Je ne crois pas.

J'ai passé le week-end à lire ce livre pour la troisième fois en français.

Je viens aussi de me le commander en américain...

Pour me le consommer sur le champ.

Histoire de ne pas perdre mon "fluent american" (américain courant) durement acquis il y a bientôt trente ans à U.C.L.A. (University of California Los Angeles).

On ne peut pas passer à côté de "La couleur des sentiments".

On ne peut pas.

...................

"Mae Mobley, elle est née de bonne heure un dimanche matin d'août 1960. Un bébé d'église, comme on dit. Moi je m'occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J'en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit."

"Mae Mobley was born on a early Sunday morning in August, 1960. A church baby we like to call it. Taking care a white babies, that's what I do, along with all the cooking and the cleaning. I done raised seventeen kids inmy lifetime. I know how to get them babies to sleep, stop crying, and go in the toilet bowl before their mamas even get out a bed in the morning."

C'est ainsi que débute le roman de Kathryn Stockett.

On est au début des années 60.

A Jacksonville, Mississipi.

Les lois Jim Crow, une longue liste de ce que les Noirs ne peuvent pas faire, sont en vigueur dans cet état du Sud des Etats-Unis.

Harper Lee vient juste de publier son célèbre "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" (To kill a mocking bird).

Qui a obtenu le Prix Pulitzer en 1961.

Le pasteur Martin Luther King concocte sa marche sur Washington du 28 août 1963.

Un succès fou et son célèbre "I have a dream".

Le 1er décembre 1955, Rosa Parks a refusé de céder sa place de bus à un passager blanc.

Le racisme anti nègre est partout.

Clairement.

Rampant.

Hideux.

A Jacksonville, comme ailleurs dans le Sud, les Noirs vivent à part des blancs.

Dans leurs propres quartiers.

Ils occupent les jobs les moins glorieux.

L'usine pour les hommes, la domesticité pour les femmes.

On est bien loin de la caricature de Mammy dans "Autant en emporte le vent" de Margaret Mitchell.

Les tensions sont partout.

Palpables.

Elles éclatent au moindre incident.

On va suivre ainsi quatre copines d'enfance et leurs bonnes noires.

Elles n'ont pas 25 ans...

Mais sont déjà bien (trop?) bourgeoises...

 

1/ Miss Elizabeth Leefolt et Aibileen.

Elizabeth Leefolt est toute maigre et très prétentieuse.

Elle souffre de ne pas avoir un mari avec une meilleure situation.

Qui lui permettrait de s'acheter tant de robes et de meubles neufs.

Elle passe son temps à cacher au mieux la grosse fente en forme de L de sa table de salle à manger (si,si, c'est important pour la suite...)

Elle coud elle-même ses robes avec des tissus moches de récupération.

Très moches.

Elle souffre aussi d'avoir une maison trop petite (par rapport à celle des autres).

Elle se soucie de sa petite fille comme d'une guigne.

Mais elle ne manquerait jamais une seule rencontre de bridge du club des quatre.

Chaque quatrième mercredi du mois.

Aibileen Clark, 53 ans, est mère d'un garçon Treelore.

Qui, à l'âge de 24 ans, a été tué sur son lieu de travail, une scierie du coin, par l'imprudent recul d'un camion.

Son mari, Clyde, s'est barré un beau matin voir ailleurs si l'herbe y est plus verte.

"Un jour j'ai dit "Crisco"(...) C'est devenu une plaisanterie secrète entre nous, pour parler de quelque chose qu'on peut pas appeler autrement. Et on s'est mis à appeler son papa Crisco parce qu'on peut pas rêver sur un homme qui a abandonné sa famille. Et qui est en plus le plus minable vaurien que la terre ait jamais porté."

"One day I say "Crisco" (...) Came to be a secret joke with us, meaning something you can't dress up  no matter how you try. We start calling his daddy Crisco cause you can't fancy up a man done run off on his family. Plus he the greasiest no-count you ever known."

Aibileen prie beaucoup. Et écrit chaque soir ses prières dans un petit calepin.

Et, d'après les autres paroissiens, Dieu l'exauce souvent.

 

2/ Miss Hilly Holbrook, Miss Walters (sa mère) et Minny.

Miss Hilly est la meneuse incontestable de la petite bande.

Elle le doit, of course, à la brillante situation de son mari.

C'est elle qui s'occupe de La Ligue, de son bal et de sa vente de charité annuels à l'hôtel Robert E. Lee.

Dont le produit va (ironie du sort) aux pauvres enfants d'Afrique victimes de la famine.

Hilly est une frustrée de la vie qui n'a jamais accepté de se faire larguer par le beau Johnny Foote.

Elle se débarrasse rapidement de son encombrante mère Miss Walters en la plaçant dans une maison de retraite.

Minny, quant à elle, est un sacré numéro !

36 ans, flanqué de Leroy, un mari alcoolique qui la bat, et de cinq gamins.

Elle aime les okras, cuisine les gâteaux au caramel comme une déesse, et est imbattable au poulet frit.

Mais elle a une grande gueule.

Et les mots pour le dire.

Ce qui lui rend difficile de rester à une même place très longtemps.

"A part être voleuse, il y a rien de pire pour une bonne que d'avoir une grande gueule."

"Sides stealing, worse thing you'n do for your career as a maid is have a smart mouth."

Exit Minny quand Miss Walters est placée.

Mais Miss Hilly va aller jusqu'à dire partout que Minny a volé de l'argenterie.

Minny se vengera.

On découvrira tous à la fin du livre comment.

 

3/ Miss Eugenia Phelan, dite Skeeter, et Constantine.

C'est de loin celle que je préfère.

Agée de 22 ans, elle rentre tout juste de l'Université.

Où elle a été "graduate" (4 ans d'études) pendant que ses copines abandonnaient leurs études pour se marier.

C'est aussi la plus riche. Son père a une plantation de coton.

Plutôt timide et réservée.

Pas très à l'aise dans son corps d'un mètre quatre-vingt.

Avec des cheveux très, trop bouclés.

Mais de jolis yeux bleus purs comme des fleurs de maïs (les yeux de sa mère).

C'est l'intello du groupe.

C'est d'ailleurs elle qui rédige la Lettre pour La Ligue.

Elle est la plus diplômée des trois.

"Hilly, Elizabeth et moi sommes amies depuis l'école. Sur ma photo préférée, on nous voit toutes les trois à un match de football du lycée, serrées les unes contre les autres, épaule contre épaule. Mais ce qui rend ce cliché remarquable, en fait, c'est que les gradins sont déserts tout autour de nous. On se serre parce qu'on est proches."

"Hilly and Elizabeth and I have been best friends since Power Elementary.  My favorite photograph is of the three of us sitting in the football stands in junior high, all jammed together, shoulder to shoulder. What makes the picture,though, is that the stands are completely empty around us. We sat close because we were close."

Et veut faire de l'écriture son métier.

Elle accepte de rentrer au journal local, le Jackson Journal, où elle va tenir la rubrique de Miss Myrna, oui, la rubrique, petits trucs pour nettoyer sa maison et son linge.

Faut bien commencer, hein ?

Et c'est auprès d'Aibileen qu'elle va prendre conseil pour les tuyaux de sa rubrique.

Parallèlement, "Skeeter" (Mot d'argot qui signifie insecte volant haut sur pattes, de type moustique) a écrit à Miss Elaine Stein, des éditeurs Harper et Row de New York, pour briguer une place.

Elle a été élevée par sa bonne Constantine.

Qui a travaillé chez les Phelan pendant 29 ans.

Mais qui est partie de la maison avant son retour de l'Université.

Un départ qui n'est pas sans susciter certaines questions embarrassantes...

Très embarrassantes.

 

4/ Miss Celia Rae Foote et Minny Jackson.

Coup de pot pour Minny...

Miss Celia Foote cherche une bonne.

Elle n'est pas fréquentable pour les Hilly et compagnie.

Et ainsi Miss Hilly ne pourra pas venir lui dire que Minny est une voleuse !

Faut dire que Miss Celia, c'est la caricature de la blonde idiote.

Qui a épousé le beau Johnny Foote. L'ex petit copain de Miss Hilly.

Elle est sexy à mourir.

Et aussi sotte que sexy.

"Apparemment,je n'arrive pas à maîtriser la cuisine", elle dit, et malgré la petite voix qui chuchote à la Marilyn, je sais tout de suite qu'elle vient de très loin dans le pays. Je baisse les yeux et je vois que cette folle est pieds nus, comme n'importe quelle clocharde blanche. Les Blanches comme il faut se promènent jamais pieds nus."

"I just can't seem to get the hang of kitchen work", she says and even with Marilyn's whispery Hollywood voice, I can tell right off, she's from way out in the country. I look down and see the fool doesn't have any shoes on, like some kind of white trash.Nice white ladies don't go around barefoot."

..................

Tout se complique quand Miss Leefolt décide de faire construite, dans son garage, des toilettes pour sa domestique noire.

Et que Miss Hilly souhaite en parler dans La Lettre de La Ligue.

"C'est un projet qui vise à rendre obligatoire la présence de toilettes séparées à l'usage des domestiques de couleur dans toute maison occupée par des Blancs. Je l'ai même adressé au directeur général de la Santé du Mississipi pour qu'il dise s'il est prêt à soutenir cette idée."

"A bill that requires every white home to have a separate bathroom for the colored help. I've even notified the surgeon general of Mississipi to see if he'll endorse the idea."

Tout se corse quand on apprend peu à peu comment Minny s'est vengée de son renvoi de chez Miss Hilly...

Avec une certaine tarte....

"La chose épouvantable que je lui ai fait..."

"The Terrible Awful Thing I did..."

Et quand la blonde trop platine décide de participer à la folle soirée de la Ligue. Dans une tenue "so sex !"

Flanquée du beau Johnny.

......................

Je n'en dirai pas plus.

Mais dans ce roman, tout y est.

La rude condition des noirs américains dans le Sud des années 60.

La stupeur qui a frappé le pays à l'assassinat de Kennedy.

Le difficile combat d'une jeune femme des Sixties qui souhaite ne pas seulement être épouse et mère mais avoir un job à la hauteur de ses ambitions.

Tout est conté avec humour et recul.

Avec des Noirs qui risquent chaque jour la lapidation...

On est loin, bien loin des injures de Blancs sur une compagnie aérienne.

Il s'agit là d'une lutte pour que les opprimés puissent enfin mettre de vrais mots sur leur oppression.

Pour que ces mots puissent enfin devenir un livre.

Avant de devenir une totale libération.

Un genre de "talking cure" avant l'heure, quoi !

Liliane Langellier

(*) talking cure = cure psychanalytique (par la parole).

 

P.S. Je découvre ce matin, 25 octobre, via Tatiana de Rosnay, une pétition en ligne pour demander que Ryan Air dédommage Delsie Gayle suite aux violents propos racistes dont elle a été la victime.

Je vais signer, of course.

La couleur des sentiments (the help) de Kathryn Stockett
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