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Chez Jeannette Fleurs

“Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien.” Paul Valéry. Poussez la porte de la boutique : plus de 1.600 articles.

Quand Bréchamps se souvient...

Il n'y a pas de hasard...

Ce fut mon premier article pour La République du Centre.

Et, comme j'étais consciencieuse, j'avais même écrit un pré-article...

25 Mai 1994 : Quand Bréchamps se souvient...

Le promeneur curieux qui a, un jour, poussé la porte du cimetière de Bréchamps dont la pente douce descend jusqu'à la Maltorne, n'a pu manquer d'être intrigué par un monument imposant, en forme de longue maisonnette, ornée d'un christ et d'une plaque à l'inscription sibylline "Chute d'avion, 23 juillet 1944".

Cinquante ans plus tard, l'histoire est encore bien vivante dans les mémoires bréchantaises. Il est environ 15 heures, ce 23 juillet 1944, quand un P38 américain, volant à base altitude et venant de Faverolles, percute la croix de l'église de Bréchamps. L'avion culbute et tombe à l'envers, éventrant l'un des caveaux du cimetière.

Surprise des quelques Bréchantais présent sur la place principale qui se précipitent pour aider le pilote. Trop tard... Du cockpit, ils ne sortiront que le corps sans vie du lieutenant Lloyd Weins. Sa plaque d'identité est transmise sans délai à des Américains habitant le village. Reste encore un peu de temps pour pomper l'essence de l'un des réservoirs, l'autre ayant pris feu...

Un peu de temps avant que les Allemands n'interviennent. La Kommandantur a en effet réquisitionné le château de Mormoulins. A un saut de char de Bréchamps. Le cimetière est rapidement encerclé et mis sous bonne garde.

Mais le caveau éventré avait son secret. Un fusil à cinq coups, soigneusement dissimulé dans une chambre à air de voiture bien graissée et bien fermée. Un fusil rare qui n'a pas été déposé par son propriétaire à la mairie, contrairement aux ordres de l'occupant. L'un des témoins raconte : "On ne pouvait pas laisser le fusil là, c'était trop de risques pour son propriétaire. Les Allemands l'avaient déjà cherché partout. Dès la nuit, on a repéré leur système de garde. Un soldat était posté à la porte de l'église, un autre à celle du cimetière." Reste comme seul accès la maison voisine. Le fusil sera subtilisé à la barbe de l'ennemi et soigneusement recaché dans un puits.

Le samedi 28 mai, dans le cadre des cérémonies commémoratives du Débarquement, Bréchamps rendra hommage à son Américain en présence d'un représentant de l'ambassade des Etats-Unis, des autorités préfectorales et des élus départementaux et locaux.

Le samedi 28 mai, le souvenir du lieutenant américain sera au coeur de tous les Bréchantais tandis que certains d'entre eux revivront dans le secret de leur mémoire l'histoire du fusil caché.

 

Liliane Langellier

 

31 mai 1994 : 1944-1994 : une émouvante cérémonie du souvenir à Bréchamps

Il était né à Platte, petite ville rurale du Sud Dakota, le sous-lieutenant Lloyd Weins, le 19 septembre 1922. Engagé dans les forces alliées depuis avril 1944, il avait participé aux opérations du débarquement, et effectué vingt-six missions.

La vingt-septième lui fut fatale. Le 23 juillet, le 485e escadron de chasse américain bombarde la gare et les installations ferroviaires de Limours. La seconde escadrille de P38 se fait "coiffer" par une dizaine de Focke Wulfe allemands. Violent combat de courte durée.

L'avion de Weins est touché. Il a encore le temps de transmettre par radio que son seul moteur restant fonctionne mal et ne peut donner plus de la moitié de sa puissance. Et c'est sans doute en voulant rejoindre les lignes alliées qu'il s'écrase dans le petit cimetière de Bréchamps. 

Un télégramme laconique de la Western Union apprendra à Ethel Weins, le 9 août, la disparition e son mari. Ethel est enceinte et mère d'une jolie petite fille d'un an et demi, Sherry. Son petit garçon, Larry, naîtra en septembre. Il était né à Platte, le sous-lieutenant Lloyd Weins. Mais, depuis ce samedi 28 mai, il est enfant de Bréchamps. Qui lui a fait une commémoration à la hauteur de son sacrifice. 

Une messe en l'église Saint-Lô où l'abbé Jeanne, dans son homélie, donne le ton de la journée : "Il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime." Silence et recueillement devant la mairie. Où René Deschamps, maire de Bréchamps, et le capitaine Michaël Ellert-Beck, représentant l'ambassade des Etats-Unis, attendent les officiels. Albert Dupuy, sous-préfet ; Gérard Cornu, député ; Jean-Paul Mallet, conseiller général, ainsi que de nombreux maires des communes voisines. Parmi eux, le premier magistrat drouais, Jean Hieaux. Dont Bréchamps est le fief secret.

Une exposition

Les drapeaux de l'UNC se mettent en place. Direction le monument aux morts. Quelques discours, un dépôt de gerbes, l'inauguration d'une plaque, la sonnerie aux morts, les hymnes américain et français... Les gorges se serrent un peu plus.

La petite troupe s'ébranle alors vers la salle communale, suivie des Bréchantais. Où une surprise de taille les attend. Une minutieuse reconstitution de la courte vie du lieutenant Weins, lettres et photos. Et un véritable musée du P 38, résultat des efforts conjugués de Jean-Paul Berlioz et de Jean-Pierre Niclot, passionnés et passionnants archéologues de l'aviation.

Ce dernier vous déclare calmement : "10 à 12.000 avions de chasse sont tombés en France pendant la dernière guerre, dont 4 à 500 en Eure-et-Loir."

Le moment fort de l'exposition reste pourtant la photo de Maurice Fauveau. Photo de l'avion prise le 23 juillet dans le cimetière de Bréchamps, juste avant l'arrivée des Allemands.

Le champagne délie langues et mémoires. Et les anecdotes pleuvent. "Que cette journée soit celle du souvenir et de la réflexion !" avait souhaité le maire de Bréchamps, dans son discours. Elle le fut, sans aucun doute.

Liliane Langellier

 

Le pré-article du 25 mai 1994.

Le pré-article du 25 mai 1994.

L'article du 31 mai 1994.

L'article du 31 mai 1994.

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